Des lambeaux d’êtres ou des bouts du mien.


« Les rats quand on les enferme ça devient de la peste!  » hurla-t-elle tout en claquant, dans un fracas à réveiller les morts, les volets bleu-turquoise, obstruant, derrière son passage, la lumière, emprisonnant la pénombre. Ironiquement des traces de blessures ensoleillées imprimaient des rayures de zèbre, ou peut être de barreaux, sur le mur à grosses fleurs orange de la chambre. Un deuxième coup d’arrêt, la porte se referma en une détonation, explosion du bois contre la chambranle.

« Un cadavre accorde sans doute plus de sens à son silence que toi. » se dit la jeune fille réfugiée et blottie tout en haut de la mezzanine dont elle avait privée l’accès en remontant rapidement et non sans effort la lourde échelle de bois. Et la voix raisonnait « les rats quand on les enferme ça devient de la peste, les rats quand on les enferme ça devient de la peste, les rats quand on les enferme, la peste, ça devient, peste, rat, maladie, horreur,devient, ça c’est toi, les rats la peste souffrance devient, peste, pustulence, bubons noirs, les rats deviennent peste, tu es cette peste…seule tu resteras, comme une pestiférée, la peste, la cause des maux, les rats, la peste, le sort d’ailleurs, le sordide, les rats, la peste… »

Ses tempes se battaient la mesure, marquaient sévèrement, imprimaient ces battements du coeur dans les veines. « Tiens, lui aussi accélère le débit » remarqua-t-elle dans un souffle.

Puis plus rien. La pénombre dessinait toujours ces affreux barreaux tout zébrés. Nuit. Lumière. Nuit. Lumière. Nuit. Le bruit des pas qui claquent, cognent, martèlent le sol. Ensuite, le silence lourd. Lourd le silence, pesant comme un dimanche soir d’hiver. Et la moiteur. La pesanteur de ce coeur qui n’en finit pas de mimer grotesquement les échos des pas. Elle n’osait faire un mouvement, sait-on jamais si l’autre récupérait une échelle ou quelque chose d’autre et qu’elle puisse l’atteindre dans son perchoir. Sait-on jamais.

Ecoute. Ecoute. Lorsque le silence s’abat on ne peut jamais prévoir d’où déferlera le danger.

Camellia Burows

5 commentaires

  1. j’aime bien cette écriture, ça me fait penser aux fins ravageuses des romans de Jim Thompson.
    J’aime un peu moins le dernier paragraphe. la lourdeur du moment s’impose facilement, trop facilement? du coup les mots viennent moins appuyer. Ou alors c’est parce que j’ai envie de lire la suite^^

    Sinon camellia, ton nom complet c’est Camellia Burrows of Tuckborough? Si c’est bien ce que je pense moi ça fait:Todo Sandybanks (pas terrible^^)

    allez hop, un petit coup de favoris et à la prochaine lecture.

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