La vie en noir


Les yeux collés, perdus dans le vague, entrouverts, tandis que la lumière faiblissait et autour de moi de vagues lueurs bleutées perçaient mollement le rideau.

J’avais du mal à saisir cet instant, à l’accrocher à mes doigts gourds. C’est d’ailleurs toujours un peu comme ça, comme les bulles de savon que l’on souffle gamin.

Moi,

ça me fait toujours un peu ça,

comme un soulagement,

comme un « t’as encore pu sauver  ta peau, hein » qui traîne, glisse et me nargue jusqu’à la fois suivante.

Oui, souvent, c’est comme cela que je me retrouve. Le coeur au bord des lèvres et les yeux engourdis d’incompréhension. Peu avant je voyais, j’errai dans un monde pétri d’ombres jaunes, hachuré de rouge, d’ocre et encore d’ombres grisâtres. Ce jour-là, c’était peut-être dans une vague grange à l’odeur de feu de bois. Ce genre de feu qui dévaste tout. Oui, c’est ça… Une grange avec un grenier à l’intérieur, éclairée comme un soir de Noël.  Je m’étais retranchée derrière une des ses poutres. Respiration bloquée. Souffle forcément coupé.

Encore fallait-il que je trouve une sortie, une issue. Une sortie de secours. Seul le bois se consumait et s’effondrait par endroits en bruits sourds. Une sensation brutale, sourde. Une chaleur insoutenable et moi qui me répétait : « faut qu’ je me tire, que j’ trouve quelque chose ».

Mais avant toutes choses,

il fallait

qu’il ne me retrouve pas.

Lui, je l’entendais comme un souffle brûlant, se déplacer quelque part dans ce lieu à l’abandon. Je ne savais pas bien même comment j’avais pu atterrir là. J’entendais ces frôlements d’ailes que je prenais pour les battements déplacés de mon coeur. Tout-à-coup, une poutre s’effondra et je poussai un long cri sourd de peur. La peur d’être àde nouveau  rattrapée, prise, piégée, enfermée, cloîtrée, que sais-je. Mon coeur, mon coeur au bord des lèvres me rattrapait. Et l’horreur, l’horreur avait surgi avec son cortège de chaînes, d’alarmes, d’hurlements indescents et d’ombres.

Des ombres de moi-même.

Un peu auparavant, j’avais senti sa main enserrer ma gorge doucement presque tendrement,presque en la caressant et j’avais hurlé, je avais époumoné  mon âme, à coups de grands cris si inhumains qu’il n’en restait  plus assez, plus de cri dans ma voix, plus de cordes vocales.

Le rien.

L’effroi.

Et chaque nuit, on recommence, moi, la recherche désespérée de l’échappatoire, de ma voix, lui et son théâtre d’horreurs que je tais au matin, vaguement ailleurs. Chaque nuit je les retrouve : ce monde enfoui, cet autre moi-même et ces fantômes que je pensais avoir emmurés.

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