Comment les loups ont dévoré mon coeur.


Photographie Milan Szypura

Me voici à présent parmi les fous.

Ici, la neige étouffe et isole du reste du monde. Décor à part entière, quand elle fond quelque chose de gris, de boueux subsiste d’elle. Ici, il n’y a pas de chaussée et les remparts de neige rappellent ceux des palettes rouges du film Dernier Maquis.

Ici, les hommes et les femmes s’entredévorent en commençant, selon l’esprit de la meute, par ceux qui ne haussent jamais le ton. Ceux qui n’aiment pas les histoires absurdes sont les premiers engloutis. On les prend pour des faibles, des êtres sans initiative ni esprit. Aucun bon sens ne régit cette meute si particulière. On se gargarise de dîners au cours desquels tout un chacun est reçu en prince. On se vautre dans les compliments boueux et, au cas où vous n’en auriez pas eu assez, on en rajoute une bonne couche de sucre glacé verdâtre, coloré.

Parmi ces socialisants existent les bourreaux. Ceux qui n’ont l’air de rien et vous devance en tout et vous le reprochent, allant presque jusqu’à vous reprocher d’exister. Ceux-là parlent haut et fort, occupent toute la place, hurlent même. Ceux-là ne sont que rarement heureux. Ils vivent, ces gens-là, de l’ingestion du bonheur des autres dont ils s’arrachent les restes. Ces loups se délectent de vos entrailles insidieusement, sans que vous ne vous en aperceviez et ils aiment par-dessus tout vous ressembler, devenir votre être sans l’être tout à fait afin de mieux vous dénigrer.

Et c’est toujours la même histoire : les ripailles, les gâteries comme l’on gâterait ses chiens et et avec l’apparence de friandises, de flatterie, les insultes, le mépris. Ah! Que l’on se sent bien et réconforté d’avoir lancé quelques miettes à ces pauvres chiens.

A la face du jour, seuls sont réclamés, acclamés et applaudis ceux, qui s’infatuent, parlent fort et hurlent  au vent leur bêtise. Pour certains il s’agit même d’une compétition haut-de-gamme. Qui se gargarisera le mieux de sa condescendante inintelligence? Qui écrasera le mieux l’autre afin de prendre toute la place? Qui sera le fou du roi, le préféré, l’idôlatre ?

Mes yeux lourds peinent à s’accoutumer à la violence blanche du mépris. Pourtant ces yeux-là connaissent la violence à haute dose. L’ennui et la bêtise les affligent, les entourent et parfois leur arrachent quelques larmes de rage.

La prison et l’enfermement blancs sont des jeux qui ne m’amusent plus du tout.

Rois sans divertissement, il leur faut rogner les os la peau et les sangs. La neige a perdu mes traces, calefeutrée, mi-étouffée, j’en avais oublié la nonchalance du soleil pour la morsure rouge de mes joues, les paroles crues des hommes déjà ivres à 16h alors que la nuit étend ses longs bras d’encre de chine. Le froid aime à grignoter lentement la peau, le sang, la chair et les os. J’en avais oublié la caresse du soleil pour me sentir chat, le chant des oiseaux et surtout les couleurs.

Le froid, la nuit et eux m’étaient entrés par les naseaux, glaçant mes entrailles. Dans ce moins d’humanité, on ne pense qu’à une chose, se réchauffer quelque part. Peu importe où, un peu de lumière, de couleurs, de liquide fumant vous brûlant la trachée.

J’aurais pu en dégueuler de cette neige grise, blanche ininterrompue ou alors trop mêlée de boue et de sueur. J’y pénétrais là, posais les premières traces mais peu importe, obstinément comme une femme à l’esprit obtus s’entête, s’empêtre et reste de marbre inlassablement devant, derrière, de part en part. La neige vous entoure et vous étreint pour ce baiser mortel. Alors choisir entre les rois sans divertissement et ce baiser injurieusement glacé, vous qu’auriez-vous préféré ?

Camellia Burows

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