Corniche Kennedy. De l’envol avant toutes choses.


Corniche Kennedy.


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Crédit Photo Neil Williams

Une oeuvre sensible sur la difficulté d’être au monde.

Avec une écriture sur le fil, sensible et empreinte d’images poétiques, Maylis de Kerangal présente ici des adolescents, de 13 à 16 ans, presque hallucinés, solaires et aériens et pourtant produits d’une société trop brutale. Ces jeunes, encore enfants, ne semblent se soucier que de leurs sauts qu’ils effectuent avec prouesse, en défiant danger et adultes, du haut de la Corniche Kennedy.
La trame de ce magnifique roman pourrait simplement se résumer à celle-ci : un été, un groupe d’adolescents désoeuvrés s’amuse pour passer le temps et au péril de leur vie, à sauter dans la mer du haut d’une plateforme abandonnée ; le « Jockey », le Maire de Marseille, ordonne à la police, sous les ordres, de Sylvestre Opéra, de les en empêcher et compte montrer par là-même sa toute puissance et son efficacité. Le saut, sorte de rituel de passage dans le groupe, devient alors un pied de nez au monde des adultes, une transgression délicieusement dangereuse, et la mer, le théâtre de découvertes de soi et de l’amour pour ces figures intemporelles adolescentes.

C’est dans ce décor que différents drames se nouent, drames en creux, tus et cachés.  Chaque personnage, du policier à la vie médiocre en passant par la prostituée russe héroïnomane et les adolescents, qu’ils soient de cités ou bourgeois modelés par leurs parents, maltraités par la vie et par une société trop abrupte, est subtilement campé, dessiné avec délicatesse mais épaisseur sous la plume acérée de l’auteur.

Maylis de Kerangal réussit avec finesse à esquisser de subtils portraits de notre société, mais aussi à faire vivre ces moments de jonctions dans la vie, de basculement ainsi qu’à capter ce passage universel, si difficile à rendre palpable, qu’est l’adolescence.

Un extrait de l’incipit : « Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage, après Malmousque, quand la corniche réapparaît au-dessus du littoral, voie rapide frayée entre terre et mer, lisière d’asphalte. Longue et mince, elle épouse la côte tout autant qu’elle contient la ville, en ceinture les excès, congestionnée aux heures de pointe, fluide la nuit – et lumineuse alors, son tracé fluorescent singe dans les focales des satellites placés en orbite de la stratosphère. »

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