L’Amour et les forêts, Éric Reinhardt



Éric Reinhardt, son personnage, son double, rencontre Bénédicte Ombredanne à la  suite d’une lettre magnifique qu’elle lui a adressé à propos de son dernier roman. Inspiré par les nombreuses lettres qu’ils reçut lors de la publication de Cendrillon, mais aussi d’une rencontre bouleversante dans un train avec une inconnue le priant de narrer son histoire, Éric Reinhardt nous offre ici le portrait d’une héroïne fracassée et défigurée par le réel.

Au cours de sa rencontre avec le personnage de Bénédicte Ombredanne, Éric découvre une femme complexe, que son mari maltraite. La soif d’idéal de ce personnage et sa relation, au futur, à ce qui est délicatement tu, le mèneront vers une réflexion sur le réel, l’idéal mais surtout la déception et l’impossibilité de se réaliser, à s’accomplir, par enfermement dans la médiocrité du quotidien et dans la fascination exercée par un autre dont on ne peut se défaire, ici représenté par le mari de Bénédicte Ombredanne, pervers, l’homme qui la harcèle inlassablement. C’est finalement des interrogations sur l’impossibilité  à être, à exister finalement et aussi ce que l’on fait de ses rêves, de vie que soulève, à tour de rôles, les différents personnages.

Les facettes du personnage de Bénédicte Ombredanne se déplient au fur et à mesure du roman.

Un portrait parfois abrupte et à la sanguine,  d’un romantisme poétique qui donne un souffle à l’âme mais profond et épais servi par une écriture déployée, poétique, travaillée, ciselée, comme un meuble victorien, fascine le lecteur.

Un roman émouvant sur l’autre et le rapport à soi en tant qu’autre, mais surtout aux rêves que l’on fait de et pour soi-même confronté à l’âpreté du réel.

Personnellement, je l’ai dévoré avec une délectation inaltérable, même si les scènes crues présentent Jean-Francois, le  mari de Bénédicte, n’engendre que dégoût et détestation et que, l’on pourrait reprocher un excès de fatalité et de tragique. C’est pour moi cet excès-là qui rend compte du réel et de ce que sont les rapports entre personnages dominants et dominés.

Les rapports de fascination et domination y sont rendus avec un réalisme sordide et, nous avons, sans doute, tous expérimenté un jour ou l’autre, la cruauté du réel et le dépècement de nos idéaux.

Un bel hommage aux rêves fracassés par la vie.

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