The Forbidden Zone, Katie Mitchell au Barbican en mai dernier. Stupéfiant.


Œuvre écrite pour les commémorations de la guerre 14-18  par Duncan McMillan, The Forbidden Zone inspiré notamment du roman au titre éponyme de Mary Borden, rend hommage aux soldats tombés pendant la guerre de 14-18 de manière audacieuse.

 copyright Stephen Cummiskey

Mise en scène brillamment par l’une des plus grande metteur en scène britannique actuelle, Katie Mitchell, la pièce rappelle au spectateur la barbarie et l’horreur dans lesquels les soldats mouraient au combat, en relatant l’histoire (vraie) de la femme de Franz Haber, Clara Immerwahr, inventeur des premières armes chimiques de destruction, elle-même également éminente chimiste, doctorante, qui, par protestation contre l’emploi d’armes chimiques, se suicida le jour de sa première utilisation.

 The Forbidden Zone entrelace à ce récit (romancé : les raisons du suicide de Clara Haber restent encore obscures) celui de la petite fille des Haber (qui n’a pas réellement existé), Claire. Elle cherche, quant à elle, à trouver un remède à ces armes chimiques, après avoir émigré, pendant la Seconde Guerre Mondiale, à Chicago. Ironie du sort son laboratoire sera fermé et remplacé par une usine nucléaire. Elle se suicidera également, destinée toute tracée, non sans rappeler  les tragédies antiques. Les différentes trames spatio-temporelles et récits individuels se superposent et sont reliés par le personnage d’une infirmière ( inspiré du roman de Mary Borden) tombée amoureuse d’un soldat pendant la première guerre, qui a vécu les ravages des gaz toxiques en accueillant des soldats aux corps dévastés et, devenue, plus tard, l’assistante de Claire.

Différents textes de Virginia Wolf, Simone de Beauvoir donnent leur couleur aux personnages, présentent ainsi d’autres voix féminines surposées à celles des personnages féminins. L’architecture sonore repose sur les dialogues entre les personnages, et l’imbriquement de textes de grands écrivains, mais aussi, sur divers bruits utilisés en bande-son, comme la mécanique métallique d’un métro.

Ce tissage étroits et cette pluralité des voix féminines sont servis par une mise en scène et un dispositif scénographique, créé par Lizzie Clachan, exceptionnels et explosifs que je vais tenter de retranscrire.

Le plateau est partagé en différents espaces. A l’avant-scène trône une rame de métro, qui fonctionne (la lumière et le son permet de renforcer l’effet de réel créé par le mouvement) est reconstituée et laisse entrevoir en fond de scène différents lieux : une infirmerie, un laboratoire de recherche, toilettes publiques, etc. Le tout est filmé par des caméras jalonnant le plateau et le film en lui-même est extrêmement écrit. Un immense écran s’étale au-dessus de ce décor.

Alors, me direz-vous rien de nouveau sous le soleil, la plupart des mises en scènes actuelles intègrent la vidéo. Oui, mais il s’agit d’un film écrit recomposant l’intrigue. Certaines scènes sont données à voir au spectateur par le biais de la vidéo; ce dernier doit alors reconstituer le puzzle présenté sous ses yeux. Ainsi, la fragmentation des actions entre le jeu des comédiens, les textes et le film permettent d’assembler les morceaux de   l’intrigue, la trame de la pièce. Les trois histoires s’imbriquent et, tiennent le spectateur en haleine par le jeu d’un savant montage à l’écran.

Une importance est également accordée aux détails, aux accessoires filmés en gros plans permettant de créer autant d’indices.

Un système virtuose, où l’on sent la mécanique huilée à la seconde près, toujours au service de la narration mais surtout ici au service du devoir de mémoire. Comme dans 1984, le spectateur retrouve des résonances toutes contemporaines : le nucléaire, les guerres chimiques  ainsi que le problème central de la destruction de l’homme par lui-même.

Du grand art.

The Forbidden Zone, mise en scène Katie Mitchell, pièce écrite par Duncan McMillan, scénographie Lizzy Clachan.

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