Doctor Faustus, Christopher Marlowe par la Royal Shakespeare Company au Barbican, Londres


Faust est sans doute l’un des mythes les plus connus et réécrit. C’est sûrement pour cela que j’attendais impatiemment la version de la Royal Shakespeare company, mise en scène de Maria Aberg, et sans doute également en souvenir d’un personnage imaginaire, mort-né, d’un récit que j’avais nommé Marlowe.

Tout le monde connaît ce mythe : le docteur Faust, esseulé, a soif soit de connaissance soit d’immortalité. La version de Christopher Marlowe, datant de la fin du XVIe siècle, n’y fait pas exception. Le docteur Faust a épuisé tous les savoirs et désire ardemment connaître la puissance des sciences occultes, il fait alors apparaître Méphistophélès et conclut un marché : ce dernier sera au service de Faust pendant vingt-quatre ans puis le serviteur de Lucifer viendra le chercher possédant, à ce moment-là, son corps ainsi que son âme. Cependant, Faust au lieu d’accomplir des actes grandioses, ne commet que de petites exactions. Son âme est déjà possédée par l’esprit de Lucifer.

La première scène, et surtout les premières secondes, furent un pur moment de bonheur extatique théâtral. Alors que les lumières sont encore plein feux, les spectateurs en train de discuter, les comédiens entrent en scène, imposant par leur présence un silence grandiose.
Le public retient son souffle, suspendu à leurs gestes. Les comédiens prennent leur temps. Chacun craque ensuite lentement une allumette, Faust le premier, Méphistophélès le second et la présente à l’autre, comme pour montrer, d’emblée, le duel qui opposera les deux personnages. Cette scène silencieuse remplace le choeur qui annonce, dans la version non tronquée de la pièce de Christopher Marlowe, la déchéance certainse de Faust en le comparant à la chute d’Icare.

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La première chose que l’on aperçoit en s’installant c’est un amoncellement de cartons. Ils viennent signifier, j’imagine,  toute la connaissance qu’a accumulé Faust sans doute et finalement offrent au regard une disposition qui comble la pièce.


Le Docteur Faust, qui a d’ailleurs bel et bien vécu du vivant de Marlowe, décide d’invoquer Méphistopheles. Les cartons seront utilisés sur scène durant tout ce début successivement comme fourre-tout, bougeoir incantatoire etc. Faust tracera en son centre une immense signe satanique de la circonférence du plateau exploité. Après diverses tentatives, le suppôt de Satan apparaît de façon non conventionnelle, tout de blanc vêtu.

Faust, pense, grâce à ce pacte, s’assurer sa fortune et sa renommée. Le défilé des péchés, devenus les tentations auxquelles Faust cédera, est ici incarné sous forme de cabaret burlesque ou cabinet de monstruosités avec un soupçon de Tim Burton. La mise en scène par le jeu des comédiens et le choix des costumes, ou le décor dans le cadre du cabaret (choix d’une dominante de violet électrique, perruque rappelant Cruella dans les 101 dalmatiens, travesti etc) fleurtent avec le burlesque voire le grotesque. Chaque vice se présente en chantant. Le maître d’oeuvre de cette parade sombre n’est autre que Lucifer, une blonde platine plantureuse, aux faux airs de maquerelle ou de femme d’affaire, en personne. On l’aura compris, ici, la gravité de l’entrée des personnages laisse place à une foire, comique.
Le docteur alors décidé à jouir de son pacte compte bien le mettre à profit une fois signé de son sang. Lorsque dans la pièce du XVIe, Faust décide de rivaliser avec Dieu, questionnant la religion en se moquant du cérémonial du pape, la caricature est poussée à l’extrême : le pape est affligée d’un bonnet semblable à un bonnet d’âne, les cardinaux ou les nonnes sont stylisés et apparaissent imbéciles et crédules. Dans cette scène ainsi que dans la version originelle, la religion n’est pas épargnée.

Différents anges apparaissent pour sauver Faust, tout au long de la pièce, ils sont somme toute montrés dans toute leur ambiguïté sur scène. Celui-ci, habité par le diable, ne distingue plus bien du mal et en vient à douter de toute morale. Il en vient même à penser qu’il peut rouler Méphistophélès. L’orgueil et la démesure s’emparent de lui et il passe ses 24 ans à dilapider sa vie en actes vains et futiles.

Si la mise en scène réactualise la pièce du XVIe, il semble que l’inchèvement de la pièce s’en ressent dans la construction ou plutôt dans l’oscillation constante dans la tonalité à donner. Ni totalement burlesque ni réellement tragique (je pense au dénouement). Certains moments sont particulièrement réussis et l’on passe un bon moment, cependant rien de novateur hormis, la première scène, inoubliable.

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