Finir en beauté, Mohamed El Khatib, Print Room. De l’intime à la performance.


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Grand Prix de Littérature Dramatique 2016, pour son texte Finir en beauté publié Aux Solitaires Intempestifs, Mohamed el Khatib a présenté à Londres le 8 juin dernier son spectacle-performance qui narre la fin de vie de sa mère.

Il m’a fallu beaucoup de mois pour écrire dessus. Que voulez-vous non seulement je suis assez lente mais en plus il me faut souvent digérer les spectacles, les laisser me hanter. Cette pièce est construite à partir de matériaux-vie hétéroclites qui rassemblent de façon éclectique interviews de sa mère, des médecins, de son père, documents administratifs, extraits d’articles de journaux, anciens emails, messages vocaux laissés sur son répondeur, enregistrements, et lui permettent de reconstruire le réel, de le recréer tout en convoquant les souvenirs, sa relation aux parents mais aussi de nous interroger sur notre relation à la mort des proches. Le récit de la mort de sa mère, de l’annonce de la maladie fatale à l’enterrement, permet à Mohamed El khatib de mettre à jour sa relation entretenue avec ses parents, le Maroc, mais aussi d’interroger le rapport de notre société au deuil moins pris en charge par le collectif, devenu plus individuel.

Seul en scène, sur un plateau on ne peut plus sobre voire dépouillé, avec quelques projections ou films, il réussit le pari à offrir sur le plateau la vie humaine en elle-même afin de modifier le spectateur, l’acteur et de lui-même. L »illusion théâtrale semble ici abolie ou tout au moins n’est plus l’enjeu du théâtre, et c’est d’ailleurs sans doute ce que vient chercher ici le spectateur, une expérience d’un autre lui-même, une performance intime frôlant le voyeurisme. La frontière devenue ténue entre art et spectateur engage l’artiste à rendre plus accessible le spectacle vivant et lui permet de faire entendre une langue polyphonique, discontinue. Les matériaux authentiques et composites viennent ici épouser une forme quasi-artisanale, entremêlant documentaire et fiction pour en faire surgit le rire ou l’émotion, afin que tout un chacun se reconnaissent en lui.

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 Finir en beauté  fonctionne tant dans sa narration que dans son articulation comme une série d’instantanés, de polaroïds, présentant avec humour les coutumes des funérailles et autres rituels,  qui touchent par leur résonance directe à l’expérience intime qu’en fait le spectateur et trouvent un écho dans nos rires, le spectacle alternant drôlerie, incongruités qu’offrent la vie, douceur et douleur touchantes sans jamais tomber dans l’écueil du sentimentalisme.
Une pièce dépouillée de tout artifice, douce-amère, poignante, à la poésie de l’humain, d’où surgit le rire ou l’émotion, dans lequel l’écriture du réel et la vie même sont à l’oeuvre ;  de quoi réfléchir à notre rapport aux autres, à la langue maternelle et nos langues, au deuil, aux débris de nos vies mais surtout, surtout à nos vies mêmes.

Finir en beauté, Mohamed El Khatib, actuellement en tournée au Théâtre de la Ville à Paris.

Texte : Finir en beauté, Mohamed El Khatib, Les Solitaires Intempestifs.

On peut écouter le texte à défaut de voir le spectacle : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/finir-en-beaute-piece-en-un-acte-de-deces-de-mohammed-el-khatib?xtmc=el%20khatib&xtnp=1&xtcr=1

http://www.the-print-room.org/
Les Lauréats du Grand prix de Littérature Dramatique : http://www.cnt.asso.fr/auteurs/fonctionnement_actus.cfm

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