Akram Khan Giselle Sadlers Wells English National Ballet

Subversive Giselle, chorégraphie d’Akram Khan au Sadlers’ Wells.


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L’un des spectacles les plus attendus de la saison se donnait, dans tous les sens du terme, au Sadler’s Wells, la semaine dernière, Giselle chorégraphié et revu par Akram Khan.

Le premier tableau d’ensemble frappe d’emblée par l’effet de masse des corps des danseurs qui se meuvent tel un seul ensemble tout en gardant une composition brutale et magnifique. Le décor représente un mur pivotant présentant d’un côté des traces de mains comme si des personnes avaient tenté de le franchir, de l’autre une sorte d’escaliers rappelant peut être les miradors, l’éclairage et les gélatines de couleurs bleu violacé, rougeâtres ou ocres, viennent sculpter et modifier l’aspect de ce mur ainsi que ceux des corps des danseurs. Il faut dire que le spectateur se trouve bien loin de la (mièvre) Giselle romantique et qu’Akram Khan a créé une nouvelle Giselle, un ballet engagé et subversif tant par son propos que par sa forme à mi-chemin entre romantisme et gothique. L’intrigue se déroule dans une usine de vêtements laquelle, à sa fermeture, laisse sur le carreau une communauté de migrants, de personnes mises au ban de la société ; un mur les sépare de leur vie rêvée et des propriétaires de l’usine ( des nantis aux costumes trop chargés à mon goût) qu’ils se doivent également de divertir.

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Copyright Emma Kauldhar

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L’identité d’Albrecht reste floue lorsque dansée, même s’il appartient à la caste des nantis et se déguise en personnel de l’usine afin de séduire la belle Giselle selon le synopsis du spectacle. Il se querelle avec Hilarion pour conquérir le coeur de Giselle et tandis qu’Albrecht courtise Giselle,  le mur laisse apparaître les propriétaires et Bathilde la promise d’Albrecht se trouve parmi eux. Le retour d’Albrecht aux côtés de Bathilde de l’autre côté du mur, provoque le désespoir et à la folie furieuse de Giselle en une danse désarticulée.

Capture d’écran 2016-11-25 à 06.56.43.pngLe père de Bathilde ordonne d’entourer Giselle pour la calmer lorsque la foule s’écarte, elle est laissée pour morte. Refusant d’endosser toute responsabilité, les nantis se réfugient de l’autre côté du mur. À l’acte II, l’usine de vêtements est à présent abandonnée (je l’ai lu dans le synopsis mais ai eu du mal à le voir dans la scénographie) surgit alors Myrtha la reine des Willis, esprits des jeunes fiancées décédées avant leur mariage. Elle repousse Albrecht et enjoint Giselle de se joindre aux Willis afin de ne pas errer comme un fantôme.

L’ensemble s’appuie sur le personnage d’Hilarion, rival d’Albrecht, qui est étonnamment mis en avant contrairement au livret de Giselle crée originellement pas Théophile Gautier.

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Les costumes crées par Tim Yip reprennent la longueur des tutus des ballets blancs mais déclinent des camaïeux de couleurs neutres du beige rosé, ocre ou blanc cassé ce qui leur permet d’être sculptés par les effets de lumière et les éclairages sophistiqués magnifiant les différentes scènes grâce au travail virtuose de Mark Henderson. La musique a été recomposée pour l’ensemble par Vincenzo Lamagna à partir de l’originale d’Adam et la troupe de l’English National Ballet aborde une gestuelle moins classique, aux mouvements saccadés, cassés, évoquant pour certains la danse Kathak à laquelle Akram Khan a été formé dans son plus jeune âge. La distorsion et la déformation de certains mouvement font parfois esquisser un sourire par leur forme d’incongruité du corps, de dissonance de l’être à l’image de la musique frôlant le cacophonique ; le jour de la représentation la sono était, d’ailleurs, légèrement trop forte, irritante.

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L’ensemble demeure cependant indéniablement magnifique, touchant l’âme profondément. Les tableaux de groupe et les scènes des Willis sur pointes pendant de longues minutes cheveux aux vent, créant un effet de contraste entre toutes les danseuses, dansant avec un bâton en main, dans la bouche, scandant le rythme avec en échos à la musique sont parmi les plus réussies.

J’emporterai de très beaux effets de bruits également, ce qui ne m’est jamais arrivé pour un ballet, comme le bruit des danseuses en pointes cognant contre le parquet lors d’un silence de l’orchestre, la scansion des bâtons des Willis et pour la musique alternance d’harmonies et de dissonance du cor tel une sonnerie d’alarme. Les ombres des nantis et leur costumes trop fastueux viennent souligner de façon peut être trop insistante un propos que l’on saisit d’emblée à la vue de la scénographie alliant intelligence, finesse et beauté. Les effets de brumes et brouillards subtils sont soulignés par des lumières aux gélatines bleutées et verdâtres, ocres présentant parfaitement le monde des Willis inquiétant, étrange proche du songe plongeant le spectateur dans un univers onirique fantastique.

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Les corps s’entremêlent lors de certains tableaux laissant place à l’ensemble de la communauté des migrants, des « outcasts » par opposition aux privilégiés clairement identifiés, individualisés, par leurs costumes trop lourds, trop fastueux, qui les empêchent de se mouvoir et de danser, ce qui m’a d’ailleurs rappelé, pour l’occasion, les célèbres vers de Baudelaire « je suis belle ô mortel comme un rêve de pierre (…) /Je hais le mouvement qui déplace les lignes, /Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. » Contrairement à ce que l’on pourrait croire l’ensemble n’est stéréotypé et la beauté de certains tableaux peuvent émouvoir, certains jeunes spectateurs, jusqu’aux larmes.

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Je vous avoue avoir été moins sensible aux duos (sauf celui avec Myrtha la reine des Willis) excepté dans la première partie dans laquelle une lumière chaude dorée dévoile le couple Albrecht et Giselle apportant une singularité étrange à cette scène, transcendant la matière du corps en sculpture vivante.

Une réussite et un moment esthétique qui vaut le détour. Une pure merveille visuelle.

https://www.youtube.com/watch?v=-0xJwrYKnw4

En tournée actuellement : http://giselle.ballet.org.uk/

La compagnie d’Akram Khan : http://www.akramkhancompany.net/

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