Premieres lignes #2 Les Suppliants, Elfriede Jelinek


Les Suppliants E. Jelinek L'Arche.
Les Suppliants E. Jelinek L’Arche.

Voici encore (et toujours) un texte que j’aime particulièrement : Les Suppliants écrit par le prix Nobel 2004 Elfriede Jelinek.
Il s’agit d’un texte inspiré de la tragédie d’Eschyle Les Suppliantes : les filles de Danaos doivent épouser les fils d’Egyptos. Elles prennent la fuite et demandent hospitalité et protection au roi du pays d’Argos. Le roi, après avoir consulté son peuple, y consent. La tragédie d’Eschyle s’achève sur l’hymne de reconnaissance des Danaïdes, malgré la menace de guerre qui plane sur le pays d’Argos. Cette tragédie, qui, par son sujet, a inspiré d’autres pièces comme Queens of Syria au Young Vic. Voici encore une pièce qui porte sur la tragédie des migrants. Je pense d’ailleurs travailler sur l’écriture de cette tragédie des migrant au théâtre car je m’aperçois que mes lectures portent souvent dessus.

Les Suppliants E. Jelinek L'Arche

Ce long monologue, écrit en 2013, ne porte pas les codes du genre théâtral en son texte auquel il n’était pas réellement destiné et a d’abord été lu dans l’église Saint-Paul de Hambourg par des comédiens et des migrants qui y avaient trouvé refuge. Une litanie, une polyphonie de voix qui se déploient, vibrent en un « nous » collectif avant de sombrer au large de Lampedusa ou de leur solitude exprimant toute la révolte d’Elfriede Jelinek face à ce drame. Un texte sublime. 

« Vivants. Vivants. C’est le principal, nous sommes vivants, et ce n’est pas beaucoup plus qu’être en vie après avoir quitté la sainte patrie. Pas un regard clément ne daigne se tourner vers notre procession, mais nous dédaigner, ça ils le font. Nous avons fui, non pas bannis par notre peuple, mais bannis par tous ça et là. Tout ce qui est à savoir sur notre vie s’en est allé, étouffé sous une couche d’apparences, plus rien ne fait l’objet de connaissance, il n’y a plus rien du tout. Il n’est plus nécessaire non plus de s’emparer d’idées. Nous essayons de lire des lois étrangères. On ne nous dit rien, nous ne sommes au courant de rien, nous sommes convoqués puis laissés en plan, nous sommes tenus d’apparaître ici, puis là-bas, mais en quel pays, plus accueillant que celui-ci, et nous n’en connaissons point, en quel pays pouvons nous mettre les pieds ? Aucun. Nous avons mis les pieds dans le plat. Nous avons été refoulés. Nous nous allongeons sur le sol froid de l’église. Nous nous relevons. Ne mangeons rien. Nous devrions pourtant recommencer à manger, à boire du moins. Nous avons ici une ramée pour la paix, les rameaux d’un palmier à huile, non, d’un olivier , nous les lui avons arrachés, oui, et puis ceci aussi, tout recouvert d’inscriptions ; nous n’avons que ça, à qui pouvons-nous la remettre, cette pile, nous avons noirci deux tonnes de papier, bien sûr qu’on nous a aidés, nous le brandissons d’un air suppliant, ce papier, non, des papiers nous n’en avons pas , juste du papier, à qui pouvons-nous le remettre ? à vous ?  « 

J’espère pouvoir un jour assister à la mise en scène de cette pièce. Différents metteurs en scène l’ont déjà montée comme Nicolas ­Stemann et ­Michael Thalheimer.

Les Suppliants, Elfriede Jelinek, mise en scène Nicolas Stemann au Théâtre de Hambourg
Photo : Krafft Angere, Les Suppliants, Elfriede Jelinek, mise en scène Nicolas Stemann au Théâtre de Hambourg

Les Suppliants, d’Elfriede Jelinek, traduit de l’allemand par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, L’Arche.  Chaque dimanche les premières lignes d’un livre sont proposées à la lecture d’après l’idée originelle de ma lecturothèque qui publie sur son billet consacré, la liste des blogs qui y participent. Vous pouvez aller lire les premières lignes des différents blogs y participant ici :

•  ma lecturothèque

Moglug 

Les Livres de George

Nadège

• La Chambre rose et noire

• Lectoplum

Songes d’une Walkyrie

Pousse de Gingko

• Colcoriane

Page blanche et noire

 

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