Avoir le Barbican pour moi toute seule (ou presque), les coulisses de King Lear par la Royal Shakespeare Company


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p style= »text-align:justify; »>Les hasards (provoqués) de la vie vous amène parfois par une froide journée d’hiver, à fréquenter un lieu qui s’offre à vous (ou presque), vierge de la masse habituelle des spectateurs que vous croisez nonchalamment le soir lors de spectacles.
J’ai eu la chance de voir les dessous de la Royal Shakespeare Company pour la pièce écrite par Shakespeare, King Lear, mis en scène cette année par Greg Dolan et interprété brillamment notamment par Antony Sher dans le rôle-titre sur la grande scène du Barbican Theatre et de gambader follement dans un Barbican dénudé, errance folle et instructive.

Le Barbican est un centre culturel impressionnant, fou et labyrinthique. Un haut lieu de l’architecture, tant la construction en est démentielle, même s’il n’est pas des plus attrayants à première vue. La grande salle du théâtre recèle en son sein des machineries, de nombreuses poulies et autre jeux de cintres capables de soulever jusqu’à deux tonnes pour les décors ! Les coulisses offrent un dédale de recoins et d’espaces sur plusieurs niveaux. Tout aussi incroyables et comparables à ceux du Théâtre de la Colline à Paris ou de l’Opéra Bastille.

La scène du grand théâtre, ainsi que d’autres plateau, dont The Pit, accueillent une variété de spectacles européens époustouflants comme Un ennemi du peuple d’Ibsen mise en scène par Thomas Ostermeier (que je devrais chroniquer même si le spectacle date de deux ans déjà), Le Canard Sauvage d’Ibsen mise en scène par Simon Stone siouplaît, (même chose que pour un ennemi du peuple) ou encore certaines mises en scène de Katie Mitchell, de la Royal Shakespeare Company ou de Robert Lepage.

Les lumières des spectacles accueillis sont généralement préprogrammées et l’ingénieur lumière n’est présent qu’en cas de dérapage. Cette visite des dessous de la Royal Shakespeare Company fut l’occasion de comprendre le travail des créateurs lumière. Des lumières sont crées sur-mesure et grâce à une table permettant de fabriquer de toutes pièces des ambiances particulières en mélangeant des palettes de couleurs sur scène. Différents effets de fumée ou de jeux de poursuite lumineuse s’offrent également à eux. J’ai été particulièrement surprise de constater que la création de la lumière est une réelle architecture et que les techniques actuelles permettent de véritables mélanges de couleurs lumineuses tel un pinceau trempé sur scène modelant l’intensité, les gammes et les variations de jaune ou de bleu, construisant l’illusion optique et indissociable de l’identité d’une mise en scène ; une palette et un métier qui se rapprochent étroitement du travail de peintre.

Première photographie de Camilla Greenwell, Barbican 2016

La gamme des sons est également particulièrement étendue et les créateurs-son doivent souvent rivaliser d’ingéniosité pour rendre compte d’un bruit. J’avais été particulièrement sensible à cela lors la visite des locaux de la BBC en Ecosse et à Londres, grâce notamment à son atelier de « radio drama » passionnant qui m’avait introduit au coeur de la création sonore, expliquant que les sons se fabriquaient en direct, ainsi, les comédiens marchaient ainsi sur du gravier pour rendre plus palpable la scène à la radio (j’y reviendrai, je m’égare… pardonnez-moi… J’y reviendrai, si cela vous intéresse dans un article plus détaillé sur le théâtre sonore). Dans une pièce de théâtre, l’ambiance sonore et les bruitages sont préenregistrés sauf lorsque ce sont des comédiens/musiciens qui émettent ce bruit en direct (comme dans  Dark Circus) ou bien chantent et jouent d’instruments variés sur scène (Dark Circus,  La Mouette, Je suis Fassbinder) ou sont accompagnés d’un orchestre comme lors de ballets (Giselle). Les musiques et fonds sonores contribuent à l’identité scénographique, bien évidemment, cependant les derniers spectacles auxquels j’ai eu la chance d’assister  (Mary Stuart etc) utilisaient un peu trop, à mon goût, l’ambiance sonore et j’avais plus l’impression d’être au cinéma que dans une salle de théâtre, avec une pièce jouée devant moi, en présence de comédiens.

Je dois vous avouer que j’aime tout particulièrement les silences au théâtre. D’ailleurs, peut-être est-ce pour cela que j’ai tant aimé errer au Barbican ce jour-là… Entendre le bruit des pas des comédiens sur les planches et les silences lourds d’implicite sur scène, quand une foule de spectateurs retient son souffle, suspendus aux lèvres des comédiens, c’est ce que je trouve de plus émouvant.

Deux premières photographies de Camilla Greenwell, Barbican 2016

Pour en revenir à la Royal Shakespeare Company, cette dernière utilise différents accessoires, tous plus réalistes les uns que les autres pour ses pièces. La lettre reçue par le roi Lear dans la mise en scène de Gregory Doran, est ainsi véritablement scellée et contient une lettre manuscrite, reprenant les couleurs choisies par le scénographe : l’or et le noir. L’imposant trône vitré du roi Lear (première scène acte I) pèse lourdement, toujours pour créer un effet de réel, tout comme les torches et les poignards. Le sang jaillissant du poignard ou  de petites capsules dissimulées lors des scènes de duels n’est autre que du sucre et de l’eau, une sorte de caramel.

Photographies de Camilla Greenwell, Barbican 2016

Je ne vais pas m’étendre sur la sécurité (les torches et le foyer de feu sur scène sont ultra sécurisés par des jeu de fermetures de trappes, j’y ai d’ailleurs repensé en voyant la mise en scène d’Ivo Van Hove d’Hedda Gabler et le feu dans lequel Hedda, Ruth Wilson, brûle le manuscrit de Loveborg) et le réalisme des détails que vous connaissez sans doute et je vous laisse tout entier à quelques photographies de cette journée entière inoubliable.

L’émotion d’une salle que l’on ne retrouve que le soir entièrement vide n’a pas d’égal même si elle doit être coutume pour bons nombres d’artistes.

http://www.barbican.org.uk/theatre/event-detail.asp?ID=19608

Une bonne vision de l’émotion qui vous submerge dans ce gigantesque théâtre vide :

 

7 commentaires

  1. Quel bel article ! Un régal ! J’ai hâte de lire l’article sur la pièce ‘l’ennemi du peuple » d’Ostermeier que j’aurais tellement aimé voir. J’aime que tu parles de tous ces aspects au théâtre, de plus en plus la lumière et le son deviennent des acteurs à part entière des spectacles. J’ai vu récemment la très belle pièce « Nobody » dans laquelle le son et l’image sont mixés en direct. Merci de ce beau partage, ce théâtre est sublime !

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  2. Merci beaucoup à toi ! Oui cela me frappe ce travail du son et lumière. Les technologies actuelles permettent tant de choses et je suis de plus en plus sensible à l’utilisation des sons et des lumières. « Nobody » a l’air vraiment incroyable. Feras-tu un article dessus ? Je l’espère en tout cas.

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