The pulverised, Alexandra Badea, mise en scène  à l’Arcola Théâtre, Londres


Copyright Dashti Jahfar

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La scène de l’Arcola Théâtre est connue pour produire de belles créations notamment contemporaines. C’est la petite salle,  située en dessous du théâtre, qui accueille en ce moment la mise en scène du très beau texte Pulvérisés (The pulverised) de la jeune auteur et metteur en scène roumaine Alexandra Badea publié originellement chez l’Arche et traduit en anglais par Lucy Phelps.


À l’entrée des spectateurs le plateau assez étroit offre un spectacle de desolation : les quatre comédiens allongés sur un tas de gravats, au plafond pendent des bouts de disque dur d’ordinateurs, des débris et un bureau à moitié enseveli suggère un explosion récente ou un bombardement ayant tout rasé ( ce qui  corrobore d’ailleurs avec  la suite de Pulvérisées Je te regarde ). Le fond de scène est un large pan de mur, toile idéale pour projeter vidéos et mots qui ponctueront les monologues, car si les destins des personnages sont parallèles, il s’agit bien de monologues poignants, entrelacés et se répondant, narrant des vies banales, au lustre craquelé, brisé. Entre l’homme d’affaire parcourant le monde et n’ayant pour tout contact avec sa famille que des Skype, la jeune asiatique travaillant dans l’usine chinoise Foxconn à fabriquer des téléphones portables, le jeune manager sénégalais et la mère de famille roumaine, ingénieur, occupée à jongler entre son travail et espionner ses enfants qu’elle n’a pas le temps de voir, tout semble les séparer et pourtant les relie (solitude et interrogations sur l’existence, solitude, travail et bonheur les relient) et forme l’écheveau de l’intrigue.

Le début de la pièce surprend par sa rupture soudaine avec l’atmosphère de calme, d’horreur de ces corps à terre gisant, qui  laisse alors place à une danse chaotique, une transe de zombies ramenés à la vie, soutenue par une musique électronique assez forte, aux accents de tonnerre. Les comédiens redressés, convulsent, debout, puis s’arrêtent, chutant à nouveau lentement. Le  personnage  resté debout sera celui qui raconte son vécu, les affres de sa condition, la déshumanisation de l’homme à l’heure de la globalisation et du tout numérique; ce procédé sera repris tout au long de la pièce.  Chaque protagoniste  s’exprime à la seconde personne du singulier et au présent de l’indicatif pour narrer son histoire plaçant ainsi le spectateur et dans un position de voyeur et dans une position de d’identification forte, devenant à son tour un personnage.

Copyright Dashti Jahfar

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Le texte est au centre de cette mise en scène portée physiquement et incarnée avec force conviction et vérité par les quatre acteurs Rebecca Boey, Kate Miles, Salomon Israël et Richard Corgan. Le spectateur se voit, se retrouve dans ces personnages ballotés, malmenés par le marché global dans un monde, notre monde, paradoxalement déshumanisé où jargon de productivité, technicité, videosurveillances et esclavage du salarié ( comme la jeune asiatique produisant les iPhone à la chaîne dans des conditions)  sont les maîtres mots d’une maltraitance quotidienne et organiser. Les quartes voix de ces personnages, sans nom, se répondent en écho dans le texte, mais aussi par la juxtaposition des monologues. Solitude également incarnée dans l’absence de regards échangés entre les acteurs, quand le public, lui est pourtant clairement pris à partie, par de long regard appuyés. Misères contemporaines des personnages, écartelés entre rendement, famille, impossibilité d’acccorder sa confiance à l’autre celui qu’il ne connaît, ne reconnaît plus la nounou, l’employé, broyé par un travail toujours plus exigeant, désirs communs, banals qui font office de rêves, d’actes de rébellion ( comme l’interdiction d’aller aux toilettes pendant le travail à l’usine) sont autant de sevices auxquels nous sommes malheureusement tous trop habitués.


Si l’habillage du mur au lointain par des projections de vidéo d’usine ou autres lieux de mots soutenant le jargon employé par les managers permettent d’accentuer cette atmosphère sinistre, le mur morcelé et dont chaque personnage s’empare d’une morceau à la tout fin n’était pas nécessaire ; et c’est bien là le défaut de cette mise en scène trop appuyée à certains moments et un procédé devenu répétitif même s’il s’agit de montrer la mécanisation de nos vies de Sisyphe ; par ailleurs,  l’espace du plateau trop petit n’offre pas assez de ressources et de possibilités aux acteurs pour qu’ils accentuent la singularité de leurs personnages de ces vies empêtrées dans l’horreur commune, desindividualisées et paradoxalement remarquablement ordinaires.

2 commentaires

  1. Merci Camelia pour cette critique objective. Finalement tu sembles mitigée sur ce spectacle. C’est intéressant de te lire dans ce que tu as beaucoup aimé et ce que tu aimes un peu moins. je viens moi-même de voir une pièce à Paris « Contagion » dont on me disait le plus grand bien et comme toi j’ai été mitigée sur la mise en scène que j’ai trouvé très creuse et un acteur surjouant et en même temps fascinée par le jeu très fluide et lunaire de son partenaire qui remportait l’adhésion de tous par sa justesse et son absence de maniérisme. Mitigée, comme toi. Je suis de retour et je relis tes articles avec un grand plaisir. Je t’embrasse

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