Knives in Hens, de D. Harrower, mise en scène Yaël Farber, Donmar Warehouse, brutalité, boue et travail d’orfèvre


Knives in Hens (ou Des couteaux dans les poules en français édité aux Editions de L’Arche) est une pièce intrigante en elle-même, assez dense, bien que courte et particulière dans sa forme, intemporelle. J’étais curieuse d’en voir une mise en scène étant donné la langue employée et la variété des thèmes abordés.

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Christian Cooke et Judith Roddy dans Knives in Hens Photo Marc Brenner

Une fable, finalement assez simple, mais dont la mise en scène de Yaël Farber met en exergue profondeur et pluralité sémantique.

Dans un temps indéfini et préindustriel, Jeune Femme, la magnifique Judith Roddy, personnage nommé uniquement par ce groupe nominal, est mariée au laboureur William et traitée comme un objet par ce « Pony William »comme on le surnomme au village pour ses chevaux et ses infidélités qui se déroulent dans son écurie. Avide de nommer les choses, le monde, elle pose multiples questions sur ce qui l’entoure, la façon d’envisager le monde, de se le représenter. William, paysan, terre-à-terre, ne peut la comprendre et, l’incite, par ailleurs, à détester le meunier, homme plus lettré, comme le reste du village. Cependant, c’est de sa rencontre avec le meunier, qu’elle apprend à écrire, à nommer des sentiments enfouis comme des diamants bruts qui la mèneront à sa libération et au meurtre.

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Knives in Hens, Matt Ryan et Judith Roddy Photo Marc Brenner

Sur un plateau étroit, se dresse en fond de scène une meule géante, au sol des pavés recouverts d’une boue noire fine, de la boue, de la terre, une petite mare avec sa mousse, flaque d’eau boueuse, une table de bois, une chaise, des sacs de blé.  Un espace hors temps rappelant une rue, ou une cour médiévale. L’espace-temps est donné à voir par le chemin que parcourt les comédiens qui entrent et sortent non seulement à cour et à jardin mais aussi par les allées des sièges de spectateurs, qui comprennent la rapidement les laps de temps écoulés et matérialise instantanément les changements de lieux même si les mêmes accessoires sont repris de visu pour la scène suivante. A jardin, une porte de bois, semblable à celle d’une grange ou étable figure l’entrée vers les écuries, souvent éclairées d’une lumière orangeâtre, semblable à celle que produit un feu de cheminée. Une très belle scénographie de Soutra Gilmour évoquant l’obscurantisme et la noirceur de l’époque médiévale faite d’ombres (les torches n’éclairant que peu) et de soubresauts de lumière, qui contraste avec les scènes, toujours très sombres, dans lesquelles la farine est utilisée, notamment lors de l’évocation du fantasme de Young Woman envers le personnage du Meunier.

La mise en scène est particulièrement soignée, et le jeu des acteurs précis. Mais surtout Yaël Farber réussit à figurer par un travail de lumières très recherché, des percées d’orangés et de jaune, rappelant les champs, mais aussi de lumières blanches plus crues de faible intensité, création de Tim Lutkin, et par le biais d’une bande-son en arrière-fond omniprésente, silence finalement assourdissant, cette atmosphère lourde, glaçante et brutale. Brutalité d’ailleurs symbolisée dès la première scène d’ébats entre Young Woman et William qui l’objectalise tout au long de la pièce. Farber met en valeur, dans cette mise en scène sombre, la poésie de la langue déroutante de la pièce, mais aussi la violence du monde entourant Young Woman et du personnage de William. L’interprétation de Judith Roddy révèle toute la complexité de son personnage curieuse, découvrant ses propres désirs, le monde et la beauté de celui-ci.  Malgré la noirceur et la sauvagerie de ce monde baignant dans l’obscurantisme la mise en scène réussit à en extraire des images intenses à la beauté sinistre et obscure.

Un spectacle peignant paradoxalement le sublime au sein des ténèbres qui hante encore l’esprit quelques jours après.

Knives in Hens,  de David Harrower, mise en scène de Yaël Farber

Avec : Christian Cooke, Judith Roddy,  Matt Ryan

Scénographie : Soutra Gilmour, Création lumière : Tim Lutkin Création son : Christopher Shutt Compositeur : Isobel Waller-Bridge Mouvement : Imogen Knigh

A voir à Londres à la Donmar Warehouse jusqu’au 7 octobre

Renseignements ici : https://www.donmarwarehouse.com/production/6082/knives-in-hens/

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