Uncle Vania, A. Tchekhov, mise en scène Walter Meierjohann, Home, Manchester.


Oncle Vania est une pièce dont Tchekhov s’étonna d’emblée de son succès fulgurant. Surprenant car la pièce repose de façon plus appuyée sur cette alternance de drame et de comique chère à l’auteur russe.

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Credit Jonathan Keenan

Une version moderne est proposée à Manchester dans l’adaptation qu’en fait Andrew Upton et une mise en scène de Walter Meierjohann qui permet à la pièce d’ne montrer tous ses contrastes sous-jacents. Ainsi, la scénographie intelligente de Steffi Wurster dévoile subtilement le sous-texte en évitant l’écueil du commentaire : de vastes murs bruns et jaunâtres forment une immense pièce,  au papier peint déchiré, datant sans doute des années 50,  d’un monde en déclin à l’image du désastre du réchauffement climatique d’ailleurs mentionné dans cette version avec prémonition, à l’image de personnages entre deux monde en quête d’amour et dépendants du sentiment amoureux, et, parfois aussi, de l’ivresse. Griserie du sentiment, enivrement tout bacchanale cachent mal dépression et nihilisme. Les acteurs interprètent ici avec habileté et une palette délicate ces protagonistes qui pourraient sembler  pouvoir être trop facilement caricaturés. Ainsi, Katie West en Sonya, nièce de Vania qui s’occupe du domaine de sa mère décédée avec son oncle, amoureuse du docteur Astrov qui, lui se désespère de ne pouvoir aimer, révèle une candeur, honnêteté d’interprétation, passion subite et cri du coeur tandis que celui de Vania, Nick Holder, à l’annonce du désir du père de Sonia de vendre le domaine se révèle presque animal. Une détresse partagée par les différents personnages, dont l’ennui de la très belle et jeune Yelena, récente belle-mère de Sonia, qui posent, chacun à leur manière, l’intérêt de leur existence, étrangement soutenue par une certaine mélancolie musicale de l’accordéon et ambiante que l’on retrouve tout au long de cette version.

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Credit Jonathan Keenan

Ce qui ressort de cette mise en scène stylisée c’est l’acuité avec laquelle Walter Meierjohann dévoile les différents registres de cette pièce. Ainsi, un décor accueillant au sein d’une même pièce les différents changements de lieux est créé par le biais d’une balançoire, un vieux piano suspendu, quelques chaises. Une pièce vide, comme un grenier et pourtant habitée avec pour seule ouverture une immense fenêtre d’où le climat rude russe fait irruption. Quelques feuilles d’automne éparpillées matérialisent le temps qui s’écoule. Entre le rien et le tout. Le tout décrépi. Et c’est justement la décrépitude de son monde que Vania contemple. Ce qu’il aurait pu, aurait « dû » devenir et l’anéantissement de ce temps révolu, de ce monde des possibles. Malgré cela, le dénouement présente une forme d’espoir doux et sombre teinté de spleen, un peu amer comme parfois lorsque la vie persiste au coeur de son âpreté.

 

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Credit Jonathan Keenan

 C’est pour moi l’une des pièces les plus difficiles à monter car son enjeu tourne autour de l’échec, du vide et de l’ennui chers aux personnages tchekhoviens mais aussi de la passion et des rendez-vous manqués, de l’entrechoquement de mondes à la coexistence impossible.

Uncle Vanya d’après Tchekhov, adaptation d’Andrew Upton, mise en scène de Walter Meierjohann au HOME à Manchester jusqu’au 25 novembre.

Informations ici : https://homemcr.org/production/uncle-vanya-2/

9 commentaires

  1. Les pièces de Tchekov sont pour moi ce que le théâtre a produit de plus beau avec Shakespeare et Molière dans des registres différents. J’ai vu la dernière représentation d’Oncle Vania à la Comédie Française, qui était très réussie (Laurent Stocker jouait Vania) et se passait au temps de l’action. En général, je n’aime pas beaucoup les version modernisées des pièces de répertoire comme celle que tu décris. J’y vois une sorte de déracinement et je ne pense pas que cela apporte grand chose. Mais je suppose que les thèmes universels d’Oncle Vania supportent ce voyage dans le temps. Vania, c’est l’homme qui reste derrière, qui se sacrifie, qui demeure immobile dans son incapacité à vivre, pour que d’autres qui ne valent pas forcément mieux que lui prennent la lumière et vivent. Personnellement, je trouve le dénouement très triste et amer. Sonia est une âme innocente et jeune et comme telle il lui est donné de croire, de croire à la « miséricorde », d’attendre et espérer, mais de son côté, Vania pleure pendant qu’elle dit « nous nous reposerons », car lui a perdu depuis longtemps ses illusions et n’attend maintenant plus rien.

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    • Bonjour, et merci. En ce qui concerne les mises en scène plus ou moins modernisées (car celle-ci n’était pas en costumes certes mais pas non plus d’une contemporanéité folle) j’y vois plutôt un écho au projet de Tchekhov de montrer son temps avec réalisme et d’ancrer son théâtre dans sa modernité. La modernisation m’intéresse cela nous montre également à quel point ces pièces restent inaltérables entre autres choses. Merci encore pour ce retour et ce partage.

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      • J’ai vu davantage de mauvaises modernisations que de bonnes. Je suis donc un peu prévenu contre ce procédé. Le pire étant les modernisations qui essaient de forcer voire tordre le sens du texte pour lui faire dire quelque chose de plus contemporain. A mon sens, les grands textes sont suffisamment forts pour nous dire quelque chose de notre condition moderne sans avoir besoin d’un cadre contemporain et je pense qu’ils y perdent souvent quelque chose. Mais je reconnais que ma position n’est pas très souple. 🙂

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