My mum’s a twat, écrit par Anoushka Warden, mise en scène Vicky Featherstone et Jude Christian, Royal Court. Paradoxalement délicieux et rafraîchissant.


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©helenmurray My Mum’s A Twat by Anoushka Warden, Vicky Featherston et Jude Christian

My mum’s a twat (traduire par « ma mère est une conne ») un titre coup de poing qui interpelle : insulte à sa mère, réaction adolescente, message quelque part subliminal (si l’on y emmène sa propre mère) ?

C’est avec autant d’interrogations que l’on se rend dans la petite salle caméléon haut perchée du Jerwood Upstairs. Derrière un rideau de perles en plastiques oranges et jaunes, séparant un couloir de rouge éclairé, se dévoile une scénographie signée Chloé Lamford. Les murs d’une chambre d’ado y sont d’un bleu turquoise, et l’oeil est attiré par divers objets en vrac alignés sur des étagères au mur : mini pot de nutella, collection de trolls, cassettes audios, le tout encadré par des lumières un « fashion corner » à entassement de linge divers, une chaise, un mini synthétiseur Casio, autant d’objets tout droit sortis des années 80/90. Des poufs alignés autour de la pièce font office de fauteuils de spectateurs et nous voilà dans une intimité avec la scène, quasiment sur scène nous-même, proximité telle que l’on pourrait  toucher Patsy Ferran, qui incarne le personnage de « la fille racontant son histoire » dans le texte, et qui, pendant l’installation du public, s’amuse avec le fameux synthétiseur Casio.

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©helenmurray My Mum’s A Twat by Anoushka Warden, Vicky Featherston et Jude Christian

Lorsque l’actrice se lève et prend la parole le spectateur a d’emblée la sensation qu’un grand moment théâtral l’attend. Et c’est effectivement bien le cas. Une heure vingt de monologue, dans une pièce exiguë et avec l’étroite connivence du public. Drôle, forte, fragile, infatigable, généreuse et vive, elle offre un moment fort de jeu mélangeant une palette d’émotions avec habileté sans lasser son public et sans lui laisser de répit. Ce qui frappe d’ailleurs c’est sa dextérité à mélanger sympathie, générosité, affabilité et délicatesse de jeu ainsi que drôlerie et sentiments diverses et variés. Une petite perle d’actrice (petite par sa taille mais impressionnante par le jeu) ! Le spectateur pris sous son aile va de surprise en surprise. C’est le portrait sans concession d’une mère entrée dans une secte qui est brossé ici et l’histoire de son enfant face à la perte maternelle. Un portrait émaillé d’interrogations : comment une mère si aimante a-t-elle pu se laisser embrigader par un gourou au point d’abandonner sa fille au culte pour s’installer loin du Royaume-Uni au Canada ?

Une pièce sur la perte de la mère narrée du point de sa fille, d’abord enfant puis adolescente, écrite brillamment par Anoushka Warden, et d’autant plus percutante qu’elle est d’inspiration autobiographique, qui fédère adolescents et adultes. Malgré la gravité du sujet l’émotion est entrecoupée de rires suscités par la narration et la fable, le jeu de Patsy Ferran ou encore les partis-pris de l’intelligente mise en scène de Vicky Featherstone et Jude Christian. Entre autres exemples le surnom donné au beau-père est « moron » (comprendre « idiot »), et les divers dialogues avec Nata, Nata, la gourou, sont joués par Patsy Ferran qui se métamorphose, en un battement de cils et sans autre moyen que son corps,  en un autre personnage, en joignant ses mains, inclinant la tête de côté et prenant un sourire béat ; certains de ses dialogues sont également accentués par une lumière rouge soudaine et une poursuite mettant en valeur la furie (doucement cachée) de cette gourou. La mise en scène n’est donc pas en reste et s’en dégage une énergie débordante. Elle vient par touches révéler toute la colère du personnage principal, accompagné son cheminement et parcours, doublés d’une bande-son particulièrement bien choisie. Finalement, la mère omniprésente pourtant dans la fable, reste un personnage informe et inconsistant à l’image des rapports inexistants avec sa fille. Un spectacle qui vaut le détour.

Si vous êtes à Londres courez voir cette petite merveille !

My mum’s a twat, pièce écrite par Anoushka Warden, mise en scène Vicky Featherstone, au Royal Court Theatre à Londres : https://royalcourttheatre.com/whats-on/my-mums/

Avec Patsy Ferran.
Durée : 1h20

Jusqu’au samedi 20 janvier 2018.

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