Körper, Sasha Waltz and guests, Sadler’s Wells, Grammaire du corps.


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(c)Bernd Uhlig
Créée par Sasha Waltz & guests en 2000, dans le cadre d’une trilogie dont elle est le centre, Körper prend pour sujet et objet le corps. Traversant différents états, fragmentant le corps dans son approche et redéfinissant sa spatialité et celle du plateau, cette pièce présente différents tableaux sans lien narratif réel si ce n’est le rapport à l’enveloppe de chaire. De la revendication de l’appartenance de son propre corps à l’exposition de corps nus sous vitrine en passant par la composition et recomposition de corps étranges, grotesques, assemblage deux anatomies différentes rappelant les centaures et autres créatures mythiques, le spectateur explore sur fond sonore de bruits parfois lourds et métalliques ou de silences pleins et dérangeants, le corps de l’autre, du danseur exposé à une lumière cruelle et crue ou magnifiée par un clair obscur, et, par là-même, son propre corps. Cette traversée de soi vers l’autre se produit par des séquences dansées froides et analytiques, sans pour autant que cela ne choque ou ne perturbe la visibilité. Le spectateur est happé, fasciné par la plupart des séquences offertes sur  le plateau comme le récit théâtral de ce qui se passe dans le corps d’un danseur (maladies ou émotions) sui évoque une partie de son anatomie en se référant visuellement à une autre partie du corps, comme lorsqu’il parle de son coeur alors qu’il désigne du doigt ses fessiers. Une grammaire visuelle renouvelée du discours et de la gestuelle permet une approche différente du plateau. Chacun des treize danseurs possède un corps particulier : plus fin, plus épais, marqué par l’âge ou la grossesse, déguingandé, et de dissonance naît un espace poétique, parfois aliéné ou engendrant des visions frénétiques à la lisière du cauchemardesque.
Face et centre plateau se dresse fièrement un immense mur noir laissant entrevoir à l’entrée des spectateur des trous desquels s’echappent des parties du corps comme des doigts, jambes cheveux ou ventre décomposant l’ensemble, fragmentant une vision alors qu’à cour une silhouette floue est dessinée à la craie et semble se mouvoir. Au centre de cette structure triangulaire une fenêtre devient une vitrine de corps qui s’entassent lentement, se contorsionnent rappelant dans la gestuelle une vitrine ou même  un aquarium ou un entassement odieux de corps à la guerre puis elle se transforme en ascenseur. Ces mutations ne sont pas s’en rappeler le détournement d’objets, de corps ou de danseur dans les pièces de Pina Bausch.
Un autre tableau présente ensuite, à jardin, le prix que l’on tire de la vente de chaque organe, tandis qu’à cour un homme met son cœur à nu ( représenté par un tissu que gonflé par un autre danseur, assez poétique). Audacieuses et drôles les séquences prennent des allures apocalyptiques dans laquelle les corps des uns sont mêlés à ceux des autres ou se désaxent. Chaque danseur entre dans une course et répétition de geste effrénée jusqu’à ce que l’immense structure triangulaire s’abatte avec fracas au sol recréant un nouvel espace scénique et aire de jeu. De nombreux moments intenses atteignent un paroxysme avec un point d’orgue sur l’échappée belle des corps (l’un skie sur la structure triangulaire l’autre répète le même geste le destructurant). Certaines séquences cependant fonctionnent moins bien comme la monstration pure et simple d’une colonne vertébrale recréée avec des assiettes sur les dos des danseurs, assez faible visuellement, et le magnifique mais bien trop répétitif et lâche tableau du solo d’une danseuse jouant avec ses tresses démesurées qu’elle tient au bout d’un bâton dans un clair-obscur superbe.
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(c)Bernd Uhlig
Véritable tableau analytique, Sasha Waltz rend ici l’emotion essentiellement esthétique ou comique réside (grammaire corporelle inversée etc). Körper traduit l’ensemble d’une diversité, présente l’aliénation du corps et chante sa singularité avec humour. Si la tension décline dans certaines séquences par effet un peu trop esthétisant, ces tableaux permettent de souligner ainsi les autres leur conférant une plus grande force.
Redéfinition de l’espace et du geste avec des passages à une théâtralité certaine, une succession de tableaux élégants, parfois comiques, et d’autres plus ennuyeux, Körper, envisagent le corps sous ses aspects les plus intimes.
Körper, Sasha Waltz & Guests, Sadler’s Wells et en tournée.
Durée : 90 mns

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