Xenos, Akram Khan, Sadler’s Well’s, Londres. Magnifique épure du corps comme champ de bataille.


Xenos-Akram-Khan-Sadlers-Wells-Tristram Kenton
Photo : Tristram Kenton

Un solo accompagné de cinq musiciens pour un hommage aux soldats indiens disparus durant la première guerre mondiale telle est la dernière création que nous offre Akram Khan.  Son dernier solo, nous dit-il, ce qui serait bien dommage au vue de cette pièce qui se révèle d’une puissance incroyable dépassant l’hommage de aux morts de la première guerre mondiale.

Les musiciens se trouvent déjà sur un plateau nu à l’entrée des spectateurs. Un enchevêtrement de fils et de guirlandes lumineuses les entourent et le rythme endiablé de la musique de Vincenzo Lamagna fait place à un rythme plus lent. Les loupiotes clignotent de façon inquiétante puis s’éteignent abruptement tandis que retentit le tonnerre et le bruit de l’artillerie. Une mur de terre ou de boue incliné domine par sa présence l’arrière scène, figure les tranchées, ou l’infranchissable chemin à parcourir des soldats.  C’est d’abord avec le corps comme champ d’exploration et surtout de bataille que la guerre est figurée. Akram Khan le dit, il a dû lutter contre lui-même pour créer ce solo et tandis que les convulsions le gagnent et que la musique se meut en tir de mitraillette. Il donne ainsi à travers les hoquets, les saccades infligées à la danse initialement Kathak la fragilité du corps dans la guerre, l’horreur et la peur et surtout l’aliénation du jeune soldat indien.

Différents tableaux et usages poétiques d’objets ou du corps reviennent dans cette oeuvre où le corps démantelé est le dépositaire de la douleur et de la psychose belligérante. Réflexion et mise en scène qui dépassent ici celles de la première guerre mondiale pour nous donner à réfléchir sur un monde en rupture. Akram Khan danse sur le mur de boue et devient petit à petit l’objet de staccato, enchaîné aux différents objets présents sur le plateau comme la corde devenu presque liane ou chaîne de prison, métaphore sans doute de la psychose du monde ou bien communiquant au travers d’un phonographe, devenu par un jeu de lumière et de manipulations, un objet hautement poétique, indépendant, éclairant le danseur, rappelant au public les noms indiens de ceux tombés au feu. Le jeu des lumières rend la scène lunaire, apocalyptique et si terrienne à la fois. Ainsi, des ocres flamboyant et rugueux à des verts bleutés mélangés de roses givrés offre un subtil habillage qui renforce l’impression de corps échappant à son propriétaire, de piège se refermant sur le soldat et fait naviguer l’esprit de tableaux poétiques en apocalyptique. Rappelant par là même que l’homme n’est qu’une marionnette au sein de la guerre, pris au piège de sa condition et condamné à recommencer inlassablement les mêmes gestes lorsqu’il escalade ce mur tel un Sisyphe éperdu et à ne retrouver que convulsions et psychose humaine.
Xenos signifie l’étranger en grec, ici l’homme devient étranger à l’autre, à lui-même lorsqu’il se perd (« je l’ai tué… il a été tué. N’est-ce pas suffisant ?entend-on en voix off) qui le condamne à la guerre mais aussi un immense hommage à tous ces étrangers qui luttent pour leur survie, pour ne pas sombrer dans la folie.

Hypnotique, sombre et somptueux. 

Actuellement en tournée mondiale : http://www.akramkhancompany.net/

 

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