Since She, Dimitris Papaioannou, Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, Sadler’s Wells Londres


(c) Julian Mommert

Dimitris Papaioannou le dit lui-même : «  Since she est un hommage à Pina Bausch empli de nostalgie et de respect. » C’est cette nostalgie qui flotte sur un plateau faussement nu aux couleurs grises et noirâtres, sur lequel une pile de matelas gris forment une montagne au lointain, à cour des chaises de bar.  Le spectacle débute, plein feux, avec l’entrée des danseurs sur des chaises agencées petit à petit, offrant ainsi une belle et lente traversée de plateau comme si le sol était inondé, impraticable. Les chaises identiques à celles de la célèbre pièce Café Müller de Pina Bausch, seront réutilisées durant toute la pièce avec pour point d’orgue l’équilibre tenu sur l’un des dossiers en début de spectacle puis en fin par l’un des danseurs avec sur l’assise la remarquable Breanna O’Mara.

(c) Julian Mommert

L’empreinte de Pina Bausch se fait sentir dans les moindres mouvements de cette magnifique pièce mais aussi dans le rapport aux sons et à la musique : les bruits des chaises qui claquent, les envolées wagnériennes ou encore la reprise d’une chanson de Tom Waits version féminine au refrain évocateur, « Remember When you loved me » nous renvoient à son éclectisme sonore. Les images fortes, mais aussi poignantes, qu’affectionne le chorégraphe, rappellent toute l’absurdité du monde, le tourne en dérision, et révélent la beauté de situations absurdes d’où surgit, de façon impromptue, des monstres étranges : une femme aux milles jambes et mille charmes, ou prend place au detour de la nudité plastique d’un danseur ou encore dans celle d’un monstre aux jambes de bois, dans la relation du danseur à l’apesanteur avec cet homme qui tient en équilibre sur une chaise si longtemps, et dans celle d’un danseur ramassant, à lui seul, toutes les chaises et les empilant sur son dos devenant lui-même une sorte de monstre absurde, incroyable. Les matériaux tant humains que les objets, les chaises, les matelas, ou même les cheveux des danseurs sont autant d’argile que Papaioannou façonne à l’image du monde poétique et insondable. Son goût pour l’illusion révèle également le ridicule de l’homme, écartelé entre sa condition absurde et des instants de grâce ; ainsi, une femme en longue robe noire de soirée se meut en bête mi-taureau mi-humain puis en sorte de déesse parée d’or. 

Un ensemble jouissif, déroulant le fil des rencontres, du rapport à l’autre mais aussi à Pina, et d’une danse à la croisée entre théâtre et cirque.

(c) Julian Mommert
(c) Julian Mommert

Des moments magiques, parfois emplis de danses délirantes, engendrant une palette de sentiments submerge le spectateur une fois le rideau baissé. Illusions, répétitions gestuelles à l’image du monde, hommage à l’amour quel qu’il soit et au monde, Dimitris Papaioannou offre un moment théâtral dansé qui dépasse la nostalgie et se meut en un véritable hommage à la vie.

(c) Julian Mommert

Since She, Dimitris Papaioannou, Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, actuellement en tournee : http://www.dimitrispapaioannou.com/en/component/acymailing/archive/view/mailid-100/key-ffae40e78546a18f59884f16c8fc3922/tmpl-component

2 commentaires

Répondre à Goran Annuler la réponse.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s