Ces petits riens


Retrouver la Seine grisaille, à l’automne.
Trouver toutes les différences qui nous séparent.

 Ne plus reconnaître des amis. Ne plus exister à leurs yeux. Se décevOir.

SOurire au vent. S’émOuvoir des lieux étudiants.

Courir, avoir le don d’ubiquité, et rester incessamment ensommeillée. Chercher le repos, le souffle et s’oublier, en hiver.

Attendre désespérément la neige, toute russe.

Lire et aimer. Relire et s’émerveiller d’une simple sOupe verte, en été.

S’enthOusiasmer pour ceux qui restent.

Rentrer les cheveux au vent.

Ne pas pleurer, de noir vêtue, à la Saint Valentin.

Déjeuner au V and A et se prendre pour une artiste, au printemps.

Rire au soleil et aux sourires d’amis toujours présents, toujours  prévenants, près d’un marché, ou d’un palais de justice, à l’accent des grillons.

Dire Non.

Se surestimer, se tromper, ne pouvoir s’échapper aux Cinq Terres en merveilleuse compagnie et en avoir le coeur tordu de remords.

Aimer à en perdre la raison.
S’étourdir de spectacles et de mots.

Respirer le thym, la sauge, le romarin et chanter au creux des vallées.

Mettre ses pas dans le rire de l’homme gazelle, le long des vallOns cyans et céruléens.

S’imprégner de bleu tout entière, se prendre pour Klein.

Suivre les traces de ceux que l’on respecte.

Et passer le plus bel été qui soit.


 

Ici, on assassine


Mercredi 7 janvier 2015.

Trafalgar Square glacée, pas un mot.  Vous retrouvez, murmurez à l’oreille toutes ces années, comme on boit un bon rouge avec des vieux potes, sans jamais s’avouer son amitié.

Irrévérence, humour corrosif, et rire subversif.

Le jour se meurt, ensanglanté. Apercevoir des visages connus rassemblés.

Nous parlons de vous, inlassables, inaltérables.

Pas d’adieu, pas d’au revoir. Pas le courage.
Hébétés, hagards, nos murmures s’étouffent, ponctués, parfois de rires surgis de vos dessins. La foule frissonne de temps à autre, gronde sous un défilé de crayons. Silence, ironie du sort, religieux.

Ces crayons, vos dessins, brandis en l’air. Des poings dressés à la face de l’inhumanité.

Visages clos, envie d’hurler.
Ces mots, ce sont les vôtres, et vous nous manquez déjà ô combien !
Serrés, côte à côte, appuyés instinctivement les uns aux autres. Pas bouger pour mieux sentir la chaleur des corps. « Où est le vôtre ?  » demande un homme, en larmes.

Le chant de la Marseillaise : trois fois,  à côté de vos mémoires. Horreur. Nous crions d’une même voix de se taire. Du respect.

Des heures de silence assourdissant.

Reprendre le chemin de nos vies. Lentement. Se glisser le long de la chaussée. La pluie battante à nos oreilles. Sans enthousiasme. Sans sentir nos os détrempés. Sans entendre les klaxons des « black cab ».

Se foutre de tout.

Le coeur sanguinolent et abasourdi. Arraché, avec vos vies.
Une autre pierre à ajouter à notre cou. Sous la pluie ruisselante de douleur et de dégoût, je voulais vous le chuchoter : nous avons ri aux larmes vous rappelant à nous, hoquetant, larmoyant de douleur, se répétant l’incertitude.

Incompréhension.

Incrédules.

Impensable, innommable vos noms vivants sans vous. Et nous, respirant sans votre souffle. La haine, l’horreur au coeur.  Les larmes, le vide roulant sur nos joues.
Reprendre la route. D’un pas tremblant. Incertains d’un monde sans vous tous, nos compagnons courageux, nos frères semblables.

Pas pleurer et pourtant.

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