The Resistible Rise of Arturo Ui, Brecht, mise en scène Bruce Norris, Donmar Warehouse


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Après La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht au français mis en scène de Katharina Thalbach (que je n’ai pas encore chroniquée), voici la version sans doute moins brechtienne mais plus ancrée dans l’actualité de Bruce Norris.

Pour vous remémorez la pièce je vous renvoie à la version papier et bande dessinée chroniquée ici.  La Résistible ascension d’Arturo Ui narre l’ascension d’un gangster, Arturo Ui, du trafic de légumes à la prise de pouvoir politique. Le parti pris de Bruce Norris dans cette pièce dénonçant l’accession au pouvoir du parti fasciste, Bruce Norris oblige le spectateur à participer. La scène du Donmar Warehouse a d’ailleurs été métamorphosée à cet effet : banc en bois et tables d’un tripot clandestin, dans les années 30, à Chicago.

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Photo : Helen Maybanks

Si la pièce a été adaptée (exit les panneaux rappelant la montée du nazisme qui ponctuent les tableaux brechtiens), des références parcimonieuses jalonnent toutefois le jeu des comédiens comme le salut hitlérien effectué pour croiser les bras, et toute l’actualisation de la pièce se ressent grâce à des références à l’actualité assez appuyées comme la banderole reprenant le slogan de Trump lors de la mascarade d’élection d’Arturo Ui. Parallèle osé et sans doute poussé pourrait-on dire et qui fonctionne pourtant dans la gestuelle et la perte de contrôle du personnage d’Arturo Ui. L’ensemble est mené sur un rythme endiablé, ponctué de chansons reprises version jazzy. Les comédiens investissent le lieu en son entier, la scène, le public, orchestre, et corbeilles d’où se tiennent tour à tour différents personnages Arturo Ui, le président du tribunal du procès des incendiaires, le tout, espace scénique et spectateur, ne formant plus qu’une immense scène théâtre de l’horreur de l’ascension d’Ui que le spectateur se doit d’approuver à l’égal des personnages pris en otage par Arturo Ui.

Les choix scéniques comme l’utilisation de lumières rougeâtres et de fumigènes suggérant que la scène de l’incendie de l’entrepôt de Hook se déroule dans les coulisses du théâtre, ou comme le choix d’utiliser des spectateurs comme des personnages à part entière : une chaîne de spectateurs  fait passer les bidons d’essence pour la scène de l’incendie, un spectateur devient Sheet et est assassiné (hors-scène), une spectatrice devenue l’accusée dans la scène du procès des incendiaires, Fish dans la pièce accusé à tort et drogué, joue le jeu de tous les déplacements et sorties de scène, l’harangue de la foule, permettent au public d’avoir  pas uniquement l’impression de participer au spectacle mais d’en faire partie intégrante.  Lenny Henry enfin ainsi que les différents comédiens, tout particulièrement Tom Eden, Lucy Ellinson, Lucy Eaton, Simon Holland Roberts, et Louis Martin virtuoses dans les différents rôles qu’ils endossent mais surtout par le lien qu’ils réussissent à créer avec le public. Et l’on rit tout en étant gêné puisque entraîné dans cette série de magouilles, meurtres, suppression des libertés.

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Photo : Helen Maybanks

Un théâtre immersif qui, s’il semble au premier abord moins novateur ou décalé que la mise en scène de Katharina Thalbach  n’en est pas moins une réussite par le plaisir et l’obligation de la réflexion qu’impose la participation du public qui se prend largement au jeu.

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Photo : Helen Maybanks

Une pièce épique nécessaire de nos jours mais surtout délicate à monter qui ici prend tout son sens et permet de faire osciller entre rires francs mais grinçant et réflexion sur le monde contemporain.

Actuellement au Donmar Warehouse à Londres jusqu’au 17 juin 2017 :  https://www.donmarwarehouse.com/production/192/arturo-ui/

Just call me god , John Malkovich, Union Chapel, du grand art.


Un lieu époustouflant pour un acteur de la trempe de John Malkovich en mars dernier.

Pour sa troisième collaboration avec Michael Sturminger John Malkovich continue d’explorer les affres de la folie, d’épouser des rôles d’une noirceur sans nom. Après après avoir incarné un tueur en série et Casanova, sous la plume de Sturminger, Just Call me God, a dictator final speech,  retrace les derniers instants d’un dictateur, dirigeant de la République imaginaire de Circassia.

Un commando américain mène une opération-éclair dans un lieu retiré, enfoui mais exceptionnel, afin d’éliminer, un dictateur fou, Satur Diman Cha. Un équipe de journalistes composée d’une reporter et d’un cameraman couvre l’événement et tente de recueillir ses dernières paroles.

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