Lazarus, comédie musicale de David Bowie et Enda Walsh, mise en scène Ivo Van Hove, avec Michael C. Hall, King’s Cross Theatre, Londres


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Depuis le 25 octobre, la comédie musicale de David BowieLazarus, mise en orbite auparavant à Broadway, à New York et mise en scène par Ivo Van Hove, a atterri dans la ville natale du chanteur, à Londres, au King’s Cross Theatre, théâtre qui ressemble à une tente géante parqué en face de gare de King’s Cross et sur lequel je reviendrai (si si !)

Comme je le disais ici, à Londres (Paris aussi avec Les Damnés, the Fountainhead  et Vu du Pont) 2016-2017 c’est l’année (scolaire) Ivo Van Hove ! Pas moins de 6 spectacles mis en scène par le Belge se jouent entre 2016 et septembre 2017 dans la capitale britannique.

La plateau forme une sorte de boite en carton géante et présente l’intérieur d’un appartement design dont les couleurs rappellent le papier kraft ou le carton, puisque le taupe, le beige (dont est vêtu Michael C. Hall qui incarne le personnage principal Thomas Newton) dominent ainsi que les couleurs bleu et rose/violine pastel. Un lit double est installé côté jardin à l’avant scène, un écran gigantesque au centre et un frigo côté cour. Deux ouvertures vitrées laissent entrevoir les musiciens et un espace scénique, qui sera utilisé pendant le spectacle pour certaines scènes conférant ainsi une certaine distance. Ces immenses baies vitrées  évoquent les vues imprenables au sommet d’une tour d’une magalopole ou bien, me rappelle une boîte de papier carton qui permettrait d’observer l’évolution du personnage de Thomas Newton comme on étudie un petit animal.

Michael C. Hall, connu pour ses interprétations brillantes dans les séries Six feet under et Dexter, y joue le rôle de Thomas Newton qui noie son chagrin de ne pouvoir quitter la Terre dans le gin (des bouteilles peuplent son frigo), les twinkies (petits gâteaux à la crème) et reste hanté par son ancien amour, ayant des visions de celle-ci sur son écran géant qui l’hypnotise. Le spectateur suit les divagations de Newton, ou peut-être rencontre-t-il vraiment ces différents personnages ? Son assistante, nouvellement embauchée, Elly, Cristin Milioti, le décrit  à son mari comme  » une homme triste, reclus comme seul peuvent l’être les hommes riches et excentriques », un portrait assez négatif et proche de ce qu’en dit Newton lui-même (à l’image de l’alien que D. Bowie campait dans son film The Man Who Fell to Earth) : « I’m a dying man who can’t die », « je suis un mourant qui ne peut mourir ».

Photos de Jan Versweyveld

Un soir (ou peut-être est-ce le jour ? Newton lui-même ne le sait plus), une sorte d’ange aux cheveux blond platine, sort de l’immense écran de télévision que Newton passe son temps à contempler, incarnée par Sophia Anne Caruso, et tente d’arracher Newton à sa déprime ; elle décidera plus tard, afin de le ramener sur sa planète, de construire une fusée imaginaire. Un autre personnage, Valentine, Michael Esper, surgit également de nulle part et sème la terreur autour de lui, tuant à tour de bras (les amants, l’ange qui ne se souvient pas de son nom etc). Deux autres personnages, Ben et Maemi, incarnant l’amour absolu et passionnel apparaissent et disparaissent (ainsi que les principaux) pour être finalement assassinés par Valentine.

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Photo de Jan Versweyld

Pour couronner le tout, Elly, l’assistante de Newton, qui se révèle bipolaire ou schizophrénique, obsédée par l’unique amour de Newton, sombre peu à peu dans la folie, revêtant les habits que ce dernier a conservé religieusement, adoptant la même coiffure qu’elle. Au milieu de tout ce beau monde, intervient un choeur qui commente, entre en interaction avec l’ange aux cheveux blond platine. L’intrigue est finalement assez décousue, mais au fond cela importe peu tant il s’agit d’un voyage insensé au coeur de l’univers de Bowie. Le spectateur vadrouille de chanson en chanson intégrée dans ce spectacle chaotique visuellement et plastiquement très recherché, ponctué de moments forts.

Différentes caméras donnent des perspectives nouvelles sur la scène en train de se jouer (angle différent, décalage avec la scène en jeu, accent mis sur un seul personnage etc.) et offrent à l’ensemble une vision hallucinée, comme une sorte de voyage sous acide, un peu bordélique. Certaines scènes sont saisissantes comme celle où Michael C. Hall se trouve dans la fusée tracée au scotch au sol, tandis que d’autres laissent de marbre car j’ai trouvé que le sentimentalisme était trop forcé ou trop cliché à mon goût  notamment à la toute fin (trop « cheesy » comme disent les anglo-saxons), un peu kitsch. Ainsi, le film où la jeune fille aux cheveux platine repars en arrière, projeté sur l’écran alors qu’elle est morte pour bien faire comprendre au spectateur qu’elle est repartie m’a semblé superflu, de même que sa mort baignant dans un bain non de sang mais de substance semblable à du lait (innocence, sang alien etc), inutile, redondant et brisant le charme.
Je ne suis pas du tout sensible aux comédies musicales bien que certaines ici, à Londres,  m’aient, à mon grand étonnement, enthousiasmée (je dois encore écrire un article dessus, si cela vous intéresse) mais l‘écueil de Lazarus réside également dans le fait que les chansons, même si elle sont magnifiquement interprétées, m’ont surtout donné  l’envie de réécouter la version de chantée par David Bowie, l’unique et l’irremplaçable.

Pour le plaisir :

Le spectacle fonctionne malgré tout, et assez étrangement dans une sorte d’extravagance compliquée, mesurée et parfois sans réelle cohérence car il s’agit tout d’abord d’une expérience, un long périple fantasmagorique, d’une des dernières créations de Bowie, mais aussi et surtout parce que sa réussite tient aux musiciens, aux comédiens sur scène et à certains aspects de la scénographie. Ainsi, pouvoir voir les musiciens, les jeux entre scène et musique, l’espace scénique étendu aux « coulisses » où se trouvaient les musiciens et aux videos offrant un décalage temporel et spatial, brisant les frontières de la représentation ont été une belle réussite.

Photos de Jan Versweyveld

Lazarus, comédie musicale de David Bowie et Enda Walsh, à partir du roman The Man Who Fell to Earth de Walter Tevis, mise en scène Ivo Van Hove, scénographie de Jan Versweyveld, costumes d’ An d’Huys, interprètes : Michael C. Hall, Michael Esper, Sophia Anne Caruso, Amy Lennox, Gabrielle Brooks, Sydnie Christmas, Richard Hansell, Maimuna Memon, Jamie Muscato, Tom Parsons, Julie Yammanee.

Au King’s Cross theatre à Londres jusqu’au 22 janvier 2017.

https://www.lazarusmusical.com/ 

15 commentaires

  1. Merci beaucoup à toi pour ce riche article et pour les vidéos. J’aimais beaucoup Bowie, c’était un grand artiste et il va beaucoup me manquer. J’aurais adoré pour voir ce spectacle, grâce à toi, j’en aurai au moins une idée. 🙂 Merci !

    Aimé par 1 personne

  2. Quel bel article, précis, avec des photos et des vidéos superbes. Ton regard est très pertinent et intéressant. Moi aussi j’aime beaucoup Bowie et je reconnais que c’est un peu frustrant d’entendre chanter ses chansons par d’autres. J’avais apprécié les damnés du même metteur en scène (que je n’avais vu malheureusement qu’en retransmission à la télévision mais c’est mieux que rien). On voyage avec toi Camillia, merci merci !.

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