Hedda Gabler, Henrik Ibsen, mise en scène Ivo Van Hove, National Theatre, Londres, Décevant


affiche-hedda-gabler-ruth-wilson-national-theatre-londresExcitée à l’idée d’une année Ivo Van Hove puisqu’environ cinq spectacles se jouent à Londres entre 2016 et 2017, et parce qu’il compte parmi les metteurs en scène préfères, je me suis rendue à la première d’Hedda Gabler version britannique. Ruth Wilson, comédienne exceptionnelle dans le rôle-titre ajoutait à  l’enthousiasme d’assister à cette représentation.

Écrite par  Henrik Ibsen en 1890, la pièce présente des thèmes chers à l’auteur norvégien l’enfermement, l’ennui, la tragédie du quotidien : Hedda refusant les règles sociales ne pourra que mourir dans sa quête de vérité et de liberté, et du passé enfoui.

Hedda Gabler, fille de général et passionnée de tir, rentre de voyage de noces avec son mari Tesman, un petit professeur d’université, spécialiste de l’époque médiévale. Leur mariage est conclu sur une sorte d’accord entre eux deux et Hedda sait déjà que Tesman ne pourra jamais lui offrir une vie à sa mesure, éprise de liberté telle qu’elle l’est. Elle apprend alors de la bouche de Thea Elvsted,  que son ancien amant Ejlert Løveborg, Dom Juan malgré la passion que lui porte Thea, est en ville et qu’il serait le possible rival professionnel de son mari et se met alors à projeter ses rêves fantasques sur lui…

Ruth Wilson incarne avec brio une Hedda Gabler cynique, drôle et désabusée. Oscillant parfaitement entre comique, cruauté et manipulation (mais non démoniaque ce que l’on regrette) car ce rôle est on ne peut plus complexe. De même, Sinéad Matthews campe une Thea toute en nuances de jeu, drôle, passionnée, fragile, tendre et dépendante d’Hedda.

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La scénographie a été une grande deception ainsi que la pièce en elle-même. Les personnages évoluent dans un décor qui rappelle une sorte de grand appartement, loft, inachevé. Les murs n’y sont pas encore peints. Un piano trône au milieu et Hedda Gabler y est affalée, occupée à jouer quelques notes répétitives lors de la scène d’exposition. Quelques rares meubles (un divan, des chaises) et des fleurs dans des seaux jonchent le sol, une domestique est incessamment sur scène, ce qui m’a gênée car sa présence est inutile, même si le personnage existe et montre la bourgeoisie que condamne Ibsen. Elle ne réagit pas d’ailleurs aux autre personnages sauf pour donner ses répliques. Divers objets sont encastrés dans les murs : un extincteur, un écran de surveillance de la porte d’entrée, une sorte de petit placard et surtout deux pistolets.

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Certaines actions des personnages ne m’ont pas semblé crédibles soit par rapport aux personnages soit parce que je n’ai pas réussi à entrer dans ce spectacle : les fleurs agrafées au mur sans doute cela montre-t-il sa soif existentielle, ou son absence de convention, le spectateur ne le voyait pas, n’y trouvait aucune fonction esthétique), le manuscrit caché sous une chaise qui restait apparent alors que le petit placard se trouvait à côté, le ketchup dont le juge Brack asperge Hedda, tout en la maîtrisant et en la soumettant ce qui pour le coup est un contresens de la pièce ou un effet raté.

Photographies de Jan Versweyveld

Même si Ruth Wilson explique qu’Ivo Van Hove a voulu déconstruire la pièce et qu’il faut l’aborder avec un esprit ouvert je ne pense pas que cette mise en scène apporte un éclairage particulier, bien au contraire.

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photo de Jan Versweyveld

La grande fenêtre coulissante est obscurcie par des planches de bois que les comédiens clouent dessus après l’entracte, symbole un peu trop ostensible de l’absence de liberté, ils restent d’ailleurs sur le plateau et je n’en vois pas l’intérêt… Un effet de lumière artificielle, des néons éclairant tout le pourtour de la scène, vient s’ajouter à la toute fin de la pièce, assez joli d’ailleurs, mais la montée crescendo du désespoir et le tragique de la pièce ne sont malgré tout pas au rendez-vous.

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Aucune émotion n’en est ressorti si ce n’est étonnement et déception et je suis pourtant une admiratrice convaincue du travail d’Ivo Van Hove.

Jusqu’au 21 mars au National Theatre à Londres :  https://www.nationaltheatre.org.uk/shows/hedda-gabler/whats-on

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Hedda-Gabler-19537/

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