Moeder, Mother, Peeping Tom, London International Mime Festival, Barbican Londres. Haut le(s) coeur(s).


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Moeder (c) Herman Sorgeloos

Le rapport à la mère reste un sujet édifiant et toujours quelque peu épineux. Il suffit de jeter ce mot en pâture autour de soi pour s’en convaincre. Premier rapport à l’autre intimement lié avant la naissance, la mère est ce premier Autre, cet étranger, auquel l’homme se trouve d’abord amalgamé, puis confronté enfin individualisé par dissociation d’après Lacan et Freud en prenant des raccourcis). Aimée, haïe, ou les deux à la fois, aimante, indifférente, maltraitante, femme, putain, désespérante, couveuse, étouffante, consolante, réconfortante, peu importe, aucune mère ne laisse indifférent ses enfants, bien évidemment. Après avoir exploré la figure paternelle dans Vader (père en néerlandais), le collectif Peeping Tom jouait au Barbican cette petite fresque des multiples états de la figure matriarcale, à laquelle j’ai assisté en compagnie d’Axel de (Ceci n’est) pas une critique  de passage à Londres.

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Crédit Oleg Degtiarov

Un syncrétisme de références multiples, notamment Jacques Tati, des films d’horreur japonais ou Coréen, en passant par la bande-son cinématographique, scénographie devenue matrice (la machine à café amante accouche presque de son amour), ou encore tableau dont l’organe coeur est représenté saigne abondamment comme une métaphore de l’arrachement, de la douleur de l’enfantement, compose cette pièce dansée. Sur le plateau une sorte de musée glauque et de mauvais goût dans lequel des visiteurs truculents et névrosés et un personnel haut en bizarrerie évoluent de jour, comme de nuit. Une scène liminaire de la mort de la figure maternelle, sur un lit d’hôpital, ouvre le bal, scène qui sera reprise pour une naissance étrange celle d’une mère et du même personnage aux formes voluptueuses placé en couveuse.

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Moeder (c) Herman Sorgeloos

Exploration étrange, Moeder, expose sous plusieurs formes et avec bizarrerie cette femme que nous connaissons tous, et finalement si peu, à l’image de ce vaste plateau qui se présente comme un musée et dans lequel un homme a pour travail de s’exposer chaque comme une sculpture figée. Le résultat sur le plateau apparaît finalement plus comme un enchaînement de sketchs, aux personnages caricaturaux, et de recherches esthétiquesmis bout à bout, malgré l’intensité des images et du travail corporel, sans lien tangible, et laisse sur sa faim le spectateur avide de découvrir cette figure sous toutes ses formes, désirs, peurs et angoisses.

Dans sa course à la présenter sous différents angles, Peeping Tom y accouche d’idées audacieuses, comme celle du son de gouttes d’eau alors qu’aucune eau n’est présente sur le plateau et la réaction du corps des danseurs à cette eau imaginaire, ou lors du travail du corps en transe, de chants, mais sans jamais réellement l’exploiter, et si le spectacle dure environ une heure, il aurait pu largement être encore raccourci. Un humour beaucoup trop soutenu et un fil narratif ténu, sans doute pour mieux faire ressortir l’aspect onirique et cauchemardesque de la pièce, ou faire émerger des tableaux tout droit sortis de l’inconscient, créés un ensemble chaotique, brinquebalant, aux images et à l’humour facile qui finalement étirent le spectacle, déambulant d’un personnage à l’autre sans aucune efficacité, produisant un méli-mélo décousu, un sentiment de projet beaucoup trop peu abouti et échouant à saisir pleinement l’indicible et l’insaisissable ainsi que les névroses de notre temps exposée sur scène.

Moeder, compagnie Peeping Tom, mise en scène Gabriela Carrizo

Actuellement en tournée : http://www.peepingtom.be/fr/

Durée : 1h10

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