Queens of Syria, Young Vic, de l’urgence de dire.


Mise en scène : Zoe Lafferty

 » I have a scream I want the whole world to hear … But I wonder if it will resonate. » Suad.

Comment commenter un spectacle tel que Queens of Syria ? C’est la première question qui m’est venue à l’esprit. Délicat. Très délicat tant les sentiments qui traversent les spectateurs sont variés ; mais sans doute parce que les comédiennes sur le plateau ne sont pas des professionnelles et que ce qui importent également, c’est qu’elles viennent livrer ici un fragement d’elles-mêmes.


Treize réfugiées syriennes prennent ici la parole afin de s’adresser au public occidental et témoigner de l’horreur que chacune d’entre elle a traversé à l’aune de la tragédie Les Troyennes. 


La pièce a d’abord été jouée à Aman en 2013 et est traversée par la voix du Choeur et celle du coeur, du collectif vers le récit personnel et individuel : de l’horreur des bombardements à celui de mettre au monde sous les bombes, des seuls objets, vains, emportés dans la précipitation à la patrie défigurée, des proches, morts, torturés, de la solitude et des séparations. Ces femmes bravent le public occidental en lançant  » I was a Queen in my house » rappelant que le départ n’est jamais un choix réel mais une question de survie, référence également au personnage d’Hécube. Les récits qu’elles offrent alors, font alterner pluralité des voix, individuelles, collectives, présentés physiquement sur le plateau, avec des moments filmés, tirés du documentaire réalisé à partir de la réflexion des comédiennes sur la situation en Syrie, du lien qu’elles entretiennent avec Les Troyennes. Cette pièce d’Euripide, palimpseste du spectacle, évoque le sort des survivantes au massacre d’Ilion, ville assiégée par les Grecs. La polyphonie collective et individuelle porte toute la pièce, même si certaines parties auraient gagné à être développées ( le rapport au théâtre, à la pièce et les récits individuels) et d’autres peut être à être resserrées.


La mise en scène est sobre, statique, la force des voix et des mots se substituant aux images et chacune des comédiennes fait face courageusement au public, tour à tour, puis s’asseoit. Petit à petit le public est interpelé, elles questionnent l’absence d’aide, mais aussi l’absence d’altruisme dont font preuve certains individus croisés au cours de leur périple, des pays traversés, l’étonnement indiscret, déplacé (  » how come you have a smartphone ? »), donnent à voir les journalistes en quête de sensationnalisme ( » not sad enough »). Enfin,  un cri est lancé à la face du monde, à l’indifférence :  » what is it to be a refugee ? What is it to be human ? »

Le spectacle alterne entre moments forts et plus faibles. Le jeu des voix formant un Choeur enveloppe et confronte malgré tout,  le spectateur à lui-même et à son humanité, à l’urgence de la situation, dans un monde où « seule la mer accueille à bras grands ouverts, sans condition » , ce monde où la philanthropie et la bienveillance ont pris la fuite.

Bande annonce Queens of Syria
En tournée jusqu’au 24 juillet au Royaume-Uni.

A propos du documentaire réalisé par Yasmin Fedda : https://www.youtube.com/watch?v=TvjL4P70fko

Plus de détails ici : Détails projet et tournée Queens of Syria

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