The Kid Stays in the picture, Simon McBurney au Royal Court theatre, London. Technicité et rythme.


Simon McBurney ne cesse d’étonner par ses choix d’adaptations théâtrales. Après le roman de Stefen Zweig Beware of Pity, il adapte avec James Yeatman, au Royal Court Theatre, théâtre pour lequel j’ai une tendresse toute particulière, l’autobiographie du producteur Robert Evans The kid Stays in the picture.

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Photographie: Tristram Kenton

La pièce retrace la vie de Robert Evans et une galerie de portraits est présentée au spectateur. On croise ainsi une foule de célébrités notamment le réalisateur polonais Roman Polanski sur le tournage de Rosemary’s baby,  l’annonce du meurtre de sa femme enceinte, Francis Ford Coppola et les rouages de fabrication des films dans l’industrie cinématographique sont donnés à voir. Homme de l’ombre Robert Evans a notamment pris en charge et quelque peu sauvé la Paramount en produisant : le Parrain, Rosemary’s Baby, Chinatown etc.

 Un plateau dénudé, ne présentant que quelques micros, aux lumières sombres et bleuâtres s’offre aux regards des spectateurs et la silhouette d’un homme se distingue derrière un paravant, parlant de sa voix très profonde dans un microphone suspendu : il s’agit de Robert Evans revenant sur sa vie et sur l’épisode de la venue de Kissinger à la première du Parrain, ce qui donne le ton : l’Histoire rejoint la fiction et le glamour hollywoodien. 

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Photographie: Tristram Kenton

Rien n’est évidemment laissé au hasard : des comédiens époustouflants pour une technique impressionnante. Le décalage narratif entre un Robert Evans âgé revenant sur son passé est figuré par un paravant laissant apercevoir son ombre et la voix grave de l’acteur domine le plateau. À la fois scène théâtrale et plateau de cinéma, la pièce se meut en film ou en lieu de tournage. Les comédiens prennent en charge tout à tour la narration, et les stichomythies s’enchaînent et insufflent un rythme endiablé, ponctué de bruits assourdissants semblables à une bande-son de film (flashs des reporters, crissement de pneus etc selon ce qui est narré). Les comédiens (Heather Burns, Christian Camargo, Max Casella, Ajay Naidu,homas Arnold, Clint Dyer et Madeleine Potter) endossent différents rôles qu’ils enchaînent, parfois se les répartissent tout cela avec énergie et dévotion, en un rythme infernal, sans doute pour faire ressortir par jeu de contrastes les points culminants de la vie d’Evans. Des photographies d’époque où l’on voit Evans enfant, jeune adulte sont projetés, déchirées, recomposées tout au long du spectacle, utilisant tous les aspects de la vidéo. Video qui est omniprésente et renvoie un aspect en direct de l’histoire narrée soit en filmant la scène, le visage d’un comédien ou des objets ou bien en servant de décor par projection, créant à certains moments de la pièce une mise en abîme : Evans jeune qui se regarde vieux et ainsi de suite.

La dernière partie de la pièce dévoilera, dans le lointain, une sorte de boite de verre, cachée par le dispositif scénique et de lumières (scénographie en ce moment largement utilisée comme dans Yerma par Simon Stone,  Karamazov, Vu du Pont, Hedda Gabler par Ostermeier, etc), révélant ce qui fut la maison (décors projetés à l’intérieur de la boîte) de R. Evans.

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Photographies : Tristram Kenton

Différents moments forts de la vie d’Evans y sont présentés à l’instar du roman, sa relation avec la Paramount, son mariage avec Ali MacGraw… et si la pièce semble moins profonde que Beware of Pity nous pouvons néanmoins en saluer la technique et surtout son rythme infernal. Telle une comédie aucun temps mort ne vient rompre la chaîne, et la beauté des tableaux offerts soutient la narration sans la détériorer ni la gâcher. The Kid stays in the picture a également le mérite de retracer une époque et une industrie florissante en plaçant le spectateur comme témoin et juge de la vie de Robert Evans. Au delà de toute considération esthétique et technique, la pièce, semble vouloir interroger l’art, le spectateur sur le rapport au réel et à la vérité, épousant ainsi parfaitement les propos de Robert Evans dans sa préface du roman : “There are three sides to every story: yours … mine … and the truth. No one is lying.”  ( » il existe trois facette à chaque histoire : la vôtre… la mienne… et la vérité « ).

Ainsi, la démultiplication technique (plateau de cinéma, plateau de théâtre) et l’interpénétration des genres (autobiographie mais fiction théâtrale, filmée/cinéma) montrent cette volonté d’interroger l’histoire d’un homme, les différents pans de vérité qu’offre le récit d’une vie aussi incroyable soit-elle que celle de Robert Evans. Malheureusement cette volonté, ce propos a tendance à se diluer et à se noyer dans l’abondance et la technicité du dispositif.

Etrangement The Kid Stays in the Picture marque  l’esprit, par sa technique toujours aussi virtuose où l’on reconnaît ici, dans la polyphonie de la narration notamment, la patte de Simon Mcburney, par le rythme soutenu, et le jeu des comédiens endurants et assez virtuoses qui réussissent à endosser parfois d’une minute à l’autre des rôles aussi variés mais ne peuvent dans cette structure fermée réellement se démarquer, enfin une bonne dose d’humeur y est distillée ce qui ne gâche rien.

The Kid stays in the picture, S. Mcburney, James Yeatman, The Royal Court Theatre, Londres

Une réflexion sur “The Kid Stays in the picture, Simon McBurney au Royal Court theatre, London. Technicité et rythme.

  1. Ohhh ! Tu me donnes trop envie de voir cette pièce ! Tout me plait, les photos que tu as mises donnent le ton et l’ambiance, le cinéma et le théâtre mélangé, l’interprétation et la technique. Je suis trop jalouse ! Penses-tu qu’ils vont venir nous voir à Paris ? En tout cas je le guette, au cas où 🙂 Merci merci Camellia encore une fois de toutes ces découvertes. Un bisou

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