Saint Georges and the dragon, de Rory Mullarkey, mise en scène Lyndsey Turner, au National Theatre, Londres. Chevalier en temps de Brexit.


Les pièces sur la formation de l’identité nationale et la multiplicité des individus de tous horizons la constituant fleurissent actuellement Outre-Manche. Après Albion et le rapport à la terre britannique, Saint George and the dragon explore la formation de l’Angleterre en tant que patrie et pays, son unité ainsi que les individus qui la constituent.

Nous connaissons tous la célèbre légende de Saint George combattant le dragon : Saint George libère la ville de Silène d’un dragon qui dévorait deux jeunes personnes par jour tirées au sort. Devenu un chevalier dans la légende anglaise, il accepte de combattre le Dragon et recevra en échange la fille du roi qui doit être dévorée le soir même.
Saint George and the dragon reprend bien évidemment cette légende avec quelques variantes. Le dragon y devient un être humain singulier et la pièce se déroule au travers de différents âges, ère médiévale, moderne puis contemporaine.

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Une scénographie, signée Rae Smith, indéniablement ingénieuse a été employée : des maisons très graphiques, comme crayonnées, représentent les chaumières de l’époque moyen-âgeuse, toujours les mêmes miniatures de bâtiments mais de façon ère industrielle du XIXe s, les constructions gardent cet esprit de bande-dessinée, ou encore une rue jalonnée de poubelles et une cuisine à l’époque plus contemporaine, et, en fond de scène un mur incliné présente différentes projections comme le comté pour l’époque médiévale où l’on peut voir tracés, cheminements de personnages ou encore maisonnettes rappelant et le livre animé tout comme le jeu video.

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Crédit Photo : Johan Persson

Cette idée de monde tout droit sorti d’une bande-dessinée persiste dans l’archétype des personnages et la gestuelle des comédiens et rappelle les pantomimes spécialités anglo-saxonne. On y retrouve quelques rares chants, l’humour un peu appuyé, des personnages stylisés et surtout la réécriture d’une légende. Pour rappel les pantomimes au Royaume-Uni sont une forme de comédie musicale destinée aux petites et aux grands. Elles se donnent généralement pendant la période de Noël ou du jour de l’an et sont jalonnées de traits d’humour, l’audience y participe, et il s’agit bien souvent d’une réécriture de contes ou de fables.

Obligé de combattre le dragon, par sorte de quiproquo, Saint George après l’avoir battu s’engage à combattre tous les autres dragons des alentours. A son retour, il découvre une nouvelle forme de tyrannie, un nouveau dragon, le Seigneur à l’époque médiévale, le patron d’entreprise sous l’ère victorienne et ainsi de suite pour finir par regretter le bon vieux temps qui, bien sûr, comme le spectateur devenu voyageur dans le temps en est le témoin, n’a jamais réellement existé sur scène.

L’ensemble est assez plaisant car happé par le voyage temporel et la répétition, l’humour lié à la répétition décalée de certaines scènes, les spectateurs ont envie de voir la mise en scène du monde moderne et celle du monde contemporain même si des longueurs se font sentir surtout dans la première partie. Certains dialogues impertinents régalent par les différents niveaux de lecture que l’on peut en donner et les plus jeunes semblent s’amuser des effets un peu plus spectaculaires. Le récit de la première bataille sous forme d’hypotypose jouée avec sincérité s’étire parfois trop en longueur (ainsi que d’autres scènes mais n’est-ce pas dû au palimpseste intertextuel légendaire, à la répétition ? ) même si elle est ingénieusement mise en scène par Lyndsey Turner avec force feu et têtes de dragon coupées.

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Crédit Photo : Johan Persson

Crédit Photo : Johan Persson

Saint George est ici un naïf chevalier parfois agaçant par ses délires mais extrêmement bien incarné par John Heffernan qui réussit à faire toucher du doigt l’évolution de son personnage au travers des âges : du chevalier médiéval créateur d’une patrie au personnage à la gloriole symbolique oubliée. Il en est de même pour Julian Bleach, un dragon délicieusement dangereux et odieux, toujours crédible même dans ses métamorphoses, qui m’a rappelé en cela les plus sordides contes pour enfants d’autant plus qu’il est servi par Henry, main forte, personnage à multiple facette diablement incarné par Richard Goulding.

Saint George and The Dragon pose la question de ce qu’est la Grande-Bretagne, des personnes à l’image de la troupe qui la constitue, de l’évolution de la notion de patrie, de la fraternité et surtout de la liberté face à l’aliénation contemporaine ou servitude moderne reconsidérant en cela la notion de héros en suivant son évolutions à travers les âges, de la personne hors-norme à actuellement la plus commune personne mais remarquable par certains de ses actes.

Une pièce à la délicieuse scénographie assez régressive sous forme de livre d’images animées, pop-up, qui, malgré quelques longueurs dans les dialogues et scènes et un humour farcesque parfois lourdaud, permet aux spectateurs de tout âge de passer un très agréable moment, grâce à la scénographie, la mise en scène, l’investissement et la performance des acteurs.

Saint George and the dragon, de Rory Mullarkey, mise en scène Lyndsey Turner, au National Theatre, Londres jusqu’au 2 décembre.

Réservation ici : https://www.nationaltheatre.org.uk/shows/saint-george-and-the-dragon

Durée : 3h.

Avec (entre autres) :John Heffernan,Julian Bleach,Joe CaffreyRichard GouldingGawn GraingerPaul CawleyPaul Brennen, Tamzin Griffin, Luke Brady, Jason BarnettSuzanne AhmetStephanie JacobOlwen MayVictoria Moseley, Conor Neaves, Amaka OkaforSharita OomeerJeff RawleKirsty RiderGrace Saif

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